Guatemala: «Oui, je les ai criblés de balles»
Deux types de minerais sont exploités autour de la mine Escobal, au Guatemala: l’argent, qui fait la fortune de la compagnie canadienne Tahoe Resources, et le plomb, utilisé pour faire taire l’opposition à la minière, selon le journaliste Luis Solano.
Le 27 avril 2013, les forces de sécurité employées par Tahoe pour protéger la mine Escobal – la troisième plus grande mine d’argent au monde – ouvrent le feu sur les éleveurs locaux venus s’opposer à l’expansion de la mine. Sept d’entre eux ont été blessés; ils poursuivent aujourd’hui Tahoe Resources, une compagnie basée à Vancouver, devant la Cour suprême de Colombie-Britannique.
Dans un récent rapport d’enquête qu’il viendra présenter jeudi soir à l’Université McGill, le journaliste guatémaltèque Luis Solano dénonce les techniques contre-insurrectionnelles qu’utilisent le gouvernement du pays et la compagnie canadienne pour réprimer la dissidence.
«On menace de mort les manifestants; on les enlève; on les criminalise. Tout un appareil paramilitaire est complice du gouvernement pour défendre les intérêts de Tahoe au détriment des populations locales», estime M. Solano, qui a écrit un livre en 2005 sur les liens incestueux qui unissent au Guatemala le pouvoir et l’industrie minière étrangère.
«Les opposants défendent leur mode de vie agricole, mais ils sont devenus des menaces à la sécurité nationale pour le pouvoir.» – Luis Solano, journaliste guatémaltèque
Tous les référendums organisés pour avaliser l’expansion de la mine ont été rejetés par la population sans que cela change quoi que ce soit, soutient M. Solano. C’est pourquoi il est essentiel, selon lui, que la communauté internationale soit interpellée sur les violations des droits des communautés voisines de la mine Escobal.
«Des enregistrements ont été présentés devant la cour de Colombie-Britannique. On peut y entendre le chef de l’agence privée qui a ouvert le feu sur les manifestants le 27 avril 2013 dire: “Oui, je les ai criblés de balles. Qu’ils aillent se faire foutre!” Malgré cela, le gouvernement continue de soutenir la compagnie», dénonce M. Solano.
Les inquiétudes du journaliste sont partagées par plusieurs. La Norvège, alarmée par ces atteintes aux droits de la personne, a déconseillé d’investir dans Tahoe Resources, et 50 organismes, dont Oxfam, ont demandé que la lumière soit faite sur les violences qui continuent d’être perpétrées autour de la mine.