France: De la dignité pour les réfugiés
La France s’apprête à relocaliser des milliers de réfugiés dans des camps neufs, après que la pluie eut rendu «inhumaines» leurs conditions de vie dans ceux qu’ils occupaient jusqu’alors. Un de ces nouveaux camps, Grande-Synthe, pourra accueillir plus de 2500 personnes. Métro fait le point avec Pierre Henry, directeur de l’organisation France terre d’asile.
Quelle est la situation présentement dans les camps de réfugiés en France?
Les conditions de vie qui prévalent dans les camps de fortune qui ont poussé dans la région de Calais sont effroyables, et bien en deçà des standards de dignité que l’on retrouve dans les autres camps de réfugiés ailleurs dans le monde. Les gens vivent dans des tentes ou dans des habitations construites avec des rebuts, qui ne sont pas appropriées pour affronter le froid et la pluie. Il n’y a pas assez de toilettes et de douches pour tout le monde, et l’accès à l’eau potable est nettement insuffisant. Dans le camp de Grande-Synthe, près de Dunkerque, le sol est partiellement inondé et les tentes reposent dans la boue. Il est toutefois important de se rappeler qu’ailleurs en France, les réfugiés dorment à même le béton, notamment à Paris.
Est-ce que le nouveau camp construit à Grande-Synthe est un pas dans la bonne direction?
La situation sera certainement meilleure qu’elle ne l’est à l’heure actuelle, alors que les politiques migratoires sont dans un cul-de-sac. Nous devons permettre à ces gens de vivre dans la dignité. Nous sommes favorables à la construction d’un camp qui réponde aux standards internationaux de qualité de vie. Il est également important que tous ceux et toutes celles qui ont fait une demande d’asile aient accès aux centres de réception où ils doivent déposer leur requête, ce qui n’est pas le cas présentement.
Est-ce que ce nouveau camp, prévu pour des besoins à long terme, constitue une solution durable?
C’est seulement une solution à moyen terme. Un pays comme la France ne devrait pas accepter, ni s’habituer, à accueillir ses réfugiés dans des camps. Ce qui arrive autour de Calais n’est pas nouveau :
c’est le résultat d’une relation déséquilibrée entre le Royaume-Uni et la France dans laquelle Londres externalise sa politique migratoire sur le territoire français.
«La France ne doit ni accepter, ni s’habituer à accueillir ses réfugiés dans des camps de fortune.» -Pierre Henry, directeur de l’organisation française Terre d’asile
Cette crise des réfugiés est-elle à la veille de se résorber?
Il n’y a pas qu’une seule crise des réfugiés, mais plusieurs, et celles qui occupent l’Europe présentement ne se de résorberont pas tant que les guerres, comme celle qui fait rage en Syrie, s’enliseront et que des dictatures et des violations des droits humains pousseront les populations à l’exil. Les réfugiés ne sont pas près de rester chez eux, du moins pas à court ni à moyen terme. La situation actuelle remet en question l’Europe et la solidarité des pays européens entre eux. La seule réponse à y apporter doit être trouvée ensemble. Ce n’est pas en mettant un pansement sur le mal qu’on arrivera à le guérir.