Tchernobyl: La vie reprend à l’ombre de la catastrophe
Au cours des 30 dernières années, des centaines de personnes sont retournées vivre dans la zone d’exclusion, grande comme le Luxembourg, qui entoure la centrale de Tchernobyl.
«Après l’évacuation, ils sont revenus en rampant sous les barbelés, a expliqué à Métro Galia Ackerman. Il s’agit en majorité d’aïeuls qui n’ont qu’une ou deux années d’éducation. La terre, le potager et la chaumière de ces gens constituent l’ensemble de leur univers. Le déracinement fut, pour eux, un drame inimaginable.»
Ces citoyens, vivant dans une des zones les plus contaminées du monde, ne sont généralement pas conscients du danger qu’ils courent. Pour eux, l’ennemi est inexistant, puisqu’il est invisible : pourtant, la radiation les ronge, enfouie dans le sol où ils font pousser leur subsistance.
«Une des conséquences des radiations, c’est l’impuissance. Beaucoup de familles ont éclaté à cause de ça.» -Galia Ackerman, auteure de Traverser Tchernobyl
«Il faudra 24 000 ans avant que la concentration de plutonium diminue de moitié à Pripiat, et 240 000 ans avant qu’elle disparaisse complètement, rappelle Mme Ackerman. Quelque 10 000 ouvriers travaillent encore à contenir les conséquences de la catastrophe. Des pompiers s’assurent d’éteindre les feux de forêt, parce que chaque arbre qui brûle libère dans l’atmosphère les radiations qu’il contient; d’autres travaillent pour freiner la coupe de bois illégale ou pour s’assurer que la pluie n’amène pas la radioactivité dans les cours d’eau.»
Les centaines de milliers de liquidateurs qui ont nettoyé les dégâts nucléaires, eux, rongent encore leur frein.
«Après l’éclatement de l’Union soviétique, les compensations n’ont pas été indexées à l’énorme inflation qui s’est ensuivie. Les liquidateurs ont beaucoup d’amertume aujourd’hui, raconte Mme Ackerman. Ils se sentent abandonnés, et beaucoup d’entre eux boivent parce que, 30 ans plus tard, ils doivent encore se battre pour faire valeur leur droit.»