À qui la ville?
05:00 25 février 2020 | mise à jour le: 24 février 2020 à 23:56 temps de lecture: 4 minutes

La limite du partage des trottoirs

La limite du partage des trottoirs

Le partage des trottoirs, niché n’est-ce pas? Ne vous en faites pas, je vous parlerai du partage de la route en général dans d’autres chroniques, surtout une fois la belle saison revenue.

Si je m’intéresse à l’espace restreint du trottoir, c’est que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, voilà longtemps qu’il est loin d’être réservé uniquement aux piétons. Et, jusqu’à récemment, cet espace bétonné était même assiégé par de véritables dangers publics: les trottinettes électriques.

Heureusement pour les marcheurs urbains, ce désagréable obstacle n’en sera plus un puisque la Ville de Montréal a annoncé la semaine passée qu’elle mettait fin au projet pilote des trottinettes et qu’elles ne seraient pas présentes en 2020.

Un des exploitants du projet, Lime, déçu, a affirmé, en réaction à cette annonce: «C’est un pas en arrière pour les habitants d’une ville déterminée à réduire les embouteillages, ainsi que son empreinte carbone.»

Parce que tout le monde sait que la solution aux embouteillages, c’était les trottinettes, avec les 250 qui circulaient en ville et qui pouvaient parcourir les mêmes distances que les voitures prises en «tapon» sur nos routes…

Parce que tout le monde sait que la solution aux embouteillages, c’était les trottinettes.

Les raisons évoquées par la Ville étaient notamment liées au manque de respect des règlements imposés, comme de stationner les trottinettes dans les espaces (dessinés par terre) réservés à cette fin ou porter un casque. Mais aussi à la «cohabitation difficile» avec les piétons.

Il n’était en effet pas facile de savoir où les bolides pouvaient circuler. Trop rapides pour les trottoirs et incommodantes pour les piétons, pas assez rapides pour la route, dérangeantes dans les pistes cyclables… Pas facile de circuler quand on ne sait pas où… Ce qui est sûr, c’est que les piétons ont le droit de marcher en paix sur les trottoirs.

J’étais à Paris pour un voyage professionnel à l’automne 2018. Les trottinettes y étaient déjà mises en place depuis quelques mois, et c’était l’enfer de circuler comme piéton. Entre les engins stationnés n’importe où en plein milieu des trottoirs et ceux qui frôlaient les passants à toute vitesse grâce à leur moteur, les piétons avaient bien du mal à ne pas se sentir en danger à tout instant, dans le seul espace où ils pouvaient circuler. Je craignais la même mauvaise cohabitation à Montréal. Et le temps m’a donné raison.

Les piétons, devant déjà craindre les traverses de rues (24 piétons tués à Montréal en 2019, 0 à Oslo la même année; food for thoughts, non?), devaient en plus se méfier de bolides pouvant les renverser à tout instant dans leur espace protégé. Il est vrai qu’on n’a enregistré aucun blessé à cause des trottinettes dans les quelques semaines de leur utilisation à Montréal, mais je suis convaincue que ça serait venu. La preuve, à Paris, elles cassent des dents, causent des traumas thoraciques et renversent des aveugles.

Actions et conséquences

Il aurait fallu un système tel que celui des BIXI: des bornes à des endroits fixes, avec des lieux où laisser les vélos pour éviter qu’ils encombrent n’importe quel espace. Malgré cette obligation, on en voit parfois un peu n’importe où. Moins fréquemment que les affreux vélos Jump, exploités par Uber, qui, eux, resteront; ils peuvent être posés n’importe où et prendre toute la place en raison de leurs immenses structures (option cycliste paresseuse, qui plus est). Bref. Il y aurait sûrement eu moyen de faire en sorte que les trottinettes ne soient pas synonymes de délinquance et de contraventions, mais il faut croire que nous avons encore besoin d’un cadre strict et désigné pour bien fonctionner.

Les trottinettes électriques sont interdites en Colombie-Britannique… pour l’instant. Les villes de Vancouver et de Kelowna ont récemment annoncé qu’elles étaient ouvertes à accueillir ces plaies roulantes dans leurs rues. Bonne chance, et on s’en reparle dans un an… ou
dans six mois.

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