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La liberté d’expression, c’est du trouble…

La liberté d’expression, c’est du trouble…

La liberté d’expression est, il va sans dire, un des socles d’importance de nos démocraties anciennes et contemporaines. Impossible en effet de concevoir quelconque régime démocratique dénué de cette liberté névralgique, laquelle assure, par ses origines et fondements, la critique et la remise en question du pouvoir politique. Idem pour la satire sociale ou, encore, l’attaque frontale de tel ou tel autre paradigme sociétal. De ce fait, et par définition, la liberté d’expression se doit de protéger l’opinion impopulaire, le discours choquant, le message qui frappe dur, parfois trop. Parce qu’à l’instar de la présomption d’innocence, la liberté d’expression bénéficie à ceux et à celles qui présentent un profil au marketing difficile. Et c’est tant mieux ainsi. 

Cela dit, et comme pour l’ensemble des autres droits et libertés consacrés par les chartes et les outils internationaux, la liberté d’expression ne peut s’évaluer ou s’appliquer en vase clos. Malgré son importance fondamentale, elle devra, comme ses semblables, être pondérée à la lumière de ceux-ci. Un exemple? L’affaire Mike Ward. Liberté d’expression contre droit à l’égalité, lequel protège l’individu de diverses discriminations, notamment sur la base du handicap. Est-ce à valider la décision de première instance, maintenant évaluée en appel? Non. Dans ce cas précis, je mise un vieux deux piasses sur un renversement de la décision, au motif que celle-ci vient restreindre outrageusement le volet artistique et créatif de la liberté d’expression, qu’on soit évidemment d’accord ou non avec le gag de Ward.

Reste que, et de là mon propos, il appert que toute la présente discussion sur la portée de cette même liberté d’expression fait cruellement abstraction d’une considération névralgique: la nuance. Parce que non, tout n’est pas si simple. Parce que non, la liberté d’expression n’est pas absolue. Parce que oui, elle possède certaines limites intrinsèques. L’incitation à la haine à l’encontre d’un groupe identifiable, par exemple. Pensons Pierre Dion, un «wabo» de première, de nouveau arrêté pour propos haineux suggérant que violence soit faite aux musulmans. Idem à l’époque pour Keegstra, un prof du secondaire incitant ses étudiants à la haine envers les juifs.

Une autre illustration de limite ou de pondération? L’affaire Richard Martineau, lequel poursuit actuellement Marc-André Cyr et le média Ricochet en diffamation, le tout pour un texte «nécrologique» sur le chroniqueur du Journal de Montréal. Celui-là même qui défend la liberté d’expression à tout crin, se drapant dans les draps de Charlie Hebdo. Diffamation, ici? J’en doute, mais rien d’impossible, vu le texte et la caricature archi-vaches. 

Un dernier? Le renvoi de la mairesse suppléante de Gatineau, qui affirmait récemment, en parlant des musulmans, que «quand un peuple veut s’intégrer, il s’intègre, et ce peuple ne s’intègre pas. Ces gens-là font beaucoup de choses mauvaises, avec leurs camions et toutes ces choses-là […].» Renvoi justifié, si vous me demandez mon avis.

Est-ce à nier la perte de vitesse de la liberté d’expression à l’heure actuelle? Pas du tout. Et cette perte de vitesse est drôlement inquiétante. Pensons aux universités québécoises souhaitant censurer les interventions de Mathieu Bock-Côté ou encore de Marie Henein, mieux connue comme l’avocate de Jian Ghomeshi. Dégueulasse.

Nuance et juste mesure, en bref. Même si cela signifie davantage de troubles.

Commentaires 3

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  • Josée

    Je trouve inconcevable qu’on ne puisse dire notre opnion au risque d’être pendu sur la place! Est-ce à dire que nous allons devenir un peuple d’hypocrites pcq on va dire ce que les gens veulent entendre? Moi je ne me gêne pas pour dire le fond de ma pensée et encore aujourd’hui on me critique négativement. Ça ne me dérange pas du tout! J’aime mieux ma franchise que «  leur » hypocrisie.

    • pierre

      certains pay se dise democratique mais en realité (ex rda) ces pays sont des dictatures soit politique soit militaire ou theologique, la negation de ces fait de certain de nos elite politique federaux et provinciaux attise les braise et pas ceux de l intolerance seulement.
      dans beaucoup de pay on applique a rome on fait comme les romains, presentement pour une grande majorité c est l inverse qui se produit a cause du lobbying religieux d ailleurs.

  • hogue michèle

    Bravo pour votre analyse bien documentée et bien éclairée. NUANCE ET MESURE voilà qui est TOUT dit mais je ne pense pas que ce gouvernement comprend ces valeurs. Le rôle d’un politicien n,est -t-il pas de conduire l’opinion publique avec hauteur et non d’ essentiellement la suivre….Quand on a comme SEUL outil un marteau…on a tedance à voir tous les problèmes comme….des clous !
    Merci

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