Maïtée Labrecque-Saganash

Humains avant tout

Humains avant tout

Un automne, lorsque les agents des Affaires indiennes sont venus chercher les enfants de ma communauté pour les envoyer au pensionnat, ils ont pris ma tante, alors qu’ils cherchaient son homonyme.

Elle était très jeune, trop jeune.

En débarquant du train qui l’amenait en Ontario, elle s’est trompée d’arrêt. On m’a dit qu’elle a beaucoup pleuré, qu’elle ne savait pas où elle était.

Mon père m’a aussi dit que durant sa première nuit au pensionnat, tous les petits garçons dans le dortoir pleuraient leurs parents.

Il m’a aussi dit que de voir les outardes voler vers le Nord était l’une des périodes les plus difficiles, sachant qu’ils n’iraient pas chasser avec leurs parents.

Hier, sur Facebook, mon fil d’actualités était plein de photos et de vidéos d’enfants qui pleuraient.

Au Mississippi, les agents de l’immigration ont arrêté 600 immigrants sans papiers, dans des usines de transformation de volailles. Les raids ont été effectués pendant leur journée de travail.

Traumatiser des enfants et entretenir un climat de peur autour d’eux laisse des séquelles. Je le sais, parce que je vois les conséquences, chaque jour, dans ma communauté.

Leurs enfants les ont attendus à l’école ou sont arrivés à la maison, pour finalement se rendre compte qu’elle était vide.

Imaginez-vous étant enfant. Imaginez-vous ne pas savoir où sont vos parents.

Hier, encore plus que d’habitude, j’ai eu du mal à naviguer sur les réseaux sociaux.

Les raids de cette semaine ajoutent à l’horreur de centres de détention pour migrants, où ceux-ci vivent dans des conditions parfois insalubres.

Plus tôt cette année, on pouvait voir des enfants détenus en cage, à la frontière. Traumatiser des enfants et entretenir un climat de peur autour d’eux laisse des séquelles.

Je le sais, parce que je vois les conséquences, chaque jour, dans ma communauté. Si mes mots ne parviennent pas à vous convaincre, il y a toujours les études qui le démontrent. Même devant ces horreurs, nombreux sont les gens qui s’en réjouissent ouvertement, sur les réseaux sociaux. Il faut vraiment être pourri jusque dans la moelle pour être incapable d’éprouver un brin de tristesse et rire devant de telles images.

Lorsque je vois ces enfants pleurer l’absence de leurs parents, je suis incapable de m’empêcher de penser à ma propre famille, à mes nombreux collègues qui sont passés par les pensionnats indiens et à mon peuple. Le climat politique ne semble pas non plus s’améliorer. On est quand même rendu à débattre si les migrants en détention peuvent avoir accès à du savon et à une brosse à dents ou pas. C’est grave.

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