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10:12 14 avril 2020 | mise à jour le: 14 avril 2020 à 10:12

Un sens à la crise

Un sens à la crise
Photo: Métro

Non, je ne vous donnerai pas une liste des 10 règles à suivre pour «réussir» votre confinement… Je voudrais plutôt vous inviter à descendre à l’intérieur de vous-même.

Vous seul avez le pouvoir de trouver le sens à donner à la crise actuelle, considérant les conséquences négatives qu’elle a sur votre vie. On entend beaucoup parler de résilience lorsqu’un drame survient, qu’il soit individuel ou collectif. En ce moment, ce mot se retrouve un peu partout dans l’actualité. Il s’agit pourtant d’un concept réel, documenté par la science, mais qui semble parfois quelque peu dénaturé. Par exemple, lorsqu’il est récupéré dans des expressions écrites sur fond d’arc-en-ciel, visant à motiver les troupes.

Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises questions à se poser en ce moment.

Le neuropsychiatre français Boris Cyrulnik étudie le concept de résilience dans le champ de la psychologie humaine depuis une trentaine d’années, et il contribue au transfert de connaissances et à la compréhension de ce concept au sein de la population. Il définit lui-même la résilience comme la «reprise d’un nouveau développement après un traumatisme ou dans des conditions adverses». Dans son livre Un merveilleux malheur, il écrit que «la résilience, c’est plus que résister, c’est aussi apprendre à vivre».

Face à la crise actuelle, il considère que nous ne sommes pas dans la résilience, mais dans la résistance. Et nous n’avons pas tous le même niveau de résilience. Il estime aussi que «le confinement est moins important que la signification qu’on attribue au confinement».

Ressort, tricot et tuteurs

M. Cyrulnik compare la résilience à un ressort (rebondir après l’épreuve) et même au tricot (la manière de s’en sortir). Il prône l’entretien des liens avec les personnes qui nous entourent comme l’un des facteurs de résilience qui aideront à passer au travers du confinement. Ces personnes sont des «tuteurs» de résilience: «En échangeant des mots avec quelqu’un, on lui donne le pouvoir de devenir un tuteur de résilience» (extrait de La nuit, j’écrirai des soleils).

Ainsi, je vous encourage à discuter des inquiétudes que vous avez à l’égard de vos études, de votre emploi ou de votre avenir avec quelqu’un en qui vous avez confiance. On dit que «du chaos naît la lumière»; ne serait-ce pas un bon moment pour réfléchir à ce que cette crise transforme dans votre vie? Car, soyons lucides: il est impossible que cet épisode ne constitue pas un moment charnière dans notre façon de comprendre les différentes dimensions de la vie en société: santé, économie, emploi, éducation, etc. Alors, comment cette période modifie-t-elle le sens que vous donnez au travail et la place qu’il prend dans votre vie?

Comment vous amène-t-elle à considérer la conciliation entre travail et vie personnelle?

Les projets que vous aviez avant la crise sont-ils toujours présents?

Le ressort, le tricot et le tuteur se trouvent peut-être dans une démarche de réflexion personnelle et professionnelle, que vous pouvez faire seul ou accompagné d’un professionnel de l’orientation. Et si vous considérez ne pas avoir le temps de réfléchir ou ne savez pas comment vous y prendre, sachez que toute émotion ou pensée constitue un indicateur important dans cette réflexion.

C’est une grande question que de se demander ce que l’on souhaite vraiment. Et je ne vous dirai pas «ça va bien aller». Je préfère vous dire que, selon mon expérience (sans détenir la vérité à ce sujet), la résilience, c’est aussi donner un sens à l’épreuve que l’on vit pour en retirer des apprentissages. Sinon, en plus d’être douloureuse, l’épreuve aura été inutile.

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