Opinions
09:30 28 avril 2020 | mise à jour le: 28 avril 2020 à 09:30 temps de lecture: 4 minutes

Les jeunes en jachère, entre crise du coronavirus et confinement

Les jeunes en jachère, entre crise du coronavirus et confinement
Photo: Métro

Au sens propre, la jachère signifie qu’on laisse une terre agricole temporairement non ensemencée pour permettre la reconstitution de sa fertilité. Au sens figuré, on utilise l’expression «rester en jachère» en parlant d’une personne dont les aptitudes et les qualités restent inexploitées (Larousse).

En cette période de crise et de confinement prolongé, les jeunes de notre société ne sont-ils pas en jachère, au sens figuré? On parle beaucoup de ce qui se passe dans les hôpitaux et les CHSLD en ce moment. C’est normal, c’est là où le feu brûle le plus fort, et il est urgent de l’éteindre. Mais il y a un autre feu qui brûle juste à côté, plus insidieusement: l’éducation est sur pause. Dans les maisons du Québec, des milliers d’élèves et leurs parents attendent et font de leur mieux. À quel moment deviendra-t-il nécessaire d’éteindre ce feu?

Directives claires

Pour ma part, j’estime qu’il est plus que temps que le gouvernement agisse davantage en éducation, notamment en énonçant des directives claires. La suspension des études est très anxiogène pour toutes les familles du Québec. À ce titre, l’ambiguïté des instructions récentes du gouvernement risque malheureusement d’accroître l’anxiété ressentie par les jeunes et leurs parents.

«C’est l’avenir de notre société qui se démobilise… Ce sont les citoyens de demain qui se questionnent, qui risquent de se désengager et de ne pas revenir à l’école en septembre. L’heure est grave.»

Par exemple, il y a des contenus scolaires disponibles sur différentes plateformes, mais ils ne sont pas obligatoires. L’école va rouvrir graduellement, mais sa fréquentation ne sera pas imposée. Le calcul de la cote R au collégial est annulé pour la session en cours et ne sera pas pris en compte pour l’admission universitaire. Des stages sont en attente et retardent la diplomation. Il n’y a pas pire que l’incertitude pour déstabiliser et rendre encore plus anxieuses les personnes qui le sont déjà. Leurs effets sur la motivation, la persévérance scolaire et l’orientation peuvent être fort préjudiciables pour la plupart des élèves.

Démotivation des jeunes

En ce moment, de nombreux élèves, ainsi que leurs parents, peuvent se poser ce type de questions: est-ce que ça vaut la peine de continuer à fournir des efforts dans les études si ça ne compte pas? À quoi ça sert de poursuivre un projet professionnel? Pourquoi chercher un nouvel objectif de carrière? Ce sont toutes des questions légitimes, auxquelles il est impossible de donner une réponse sans équivoque. Mais il faut comprendre que la situation actuelle, doublée du manque de clarté des directives gouvernementales, génère déjà une certaine démobilisation chez les jeunes. Plusieurs d’entre eux ont de la difficulté à trouver un sens à la persévérance et aux efforts à fournir pour atteindre un but.

Parents démunis

Les parents tentent d’éteindre le feu. Avec des cuillerées d’eau. Ils se sentent laissés à eux-mêmes, essayant de «télétravailler» tout en faisant l’école à la maison et en s’efforçant de trouver le juste équilibre dans tout ça. Et il y a ces parents, démunis devant les besoins particuliers de leurs enfants, qui recevaient des services professionnels à l’école, mais qui sont désormais sans appuis.

Il est risqué de laisser si longtemps en friche une terre aussi fertile que le potentiel des jeunes. Il en va de leur avenir et de celui de notre société. Je lance donc un appel à notre gouvernement afin qu’il agisse rapidement pour placer l’éducation au centre des priorités: des directives claires, des services professionnels accessibles, un enseignement et des outils adaptés et de l’aide aux parents. Ces derniers, ainsi que leur progéniture, veulent bien prendre leurs responsabilités, et ils auraient besoin que vous les souteniez davantage.

Articles similaires

10:12 14 avril 2020 | mise à jour le: 14 avril 2020 à 10:12 temps de lecture: 4 minutes
Un sens à la crise