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09:00 10 juillet 2020 | mise à jour le: 10 juillet 2020 à 09:00 temps de lecture: 3 minutes

Vague de dénonciations sur les médias sociaux

Vague de dénonciations sur les médias sociaux

Depuis plusieurs jours, les médias sociaux, particulièrement Instagram, sont submergés par une vague de dénonciations. Malgré la peur, plusieurs personnes prennent la parole pour dénoncer des agressions sexuelles et de la violence psychologique qu’elles ont vécu au cours de leur vie.

Le mouvement révèle l’absurdité de notre système de justice ainsi que la problématique institutionnelle qu’il représente : on demande aux victimes de s’en remettre à l’appareil de justice, alors que seulement 12% des cas d’agressions sexuelles dénoncées mènent à un verdict de culpabilité au Canada. Malheureusement, le prix à payer de cette «justice»  est encore bien trop cher pour celles et ceux qui osent porter plainte : menaces, humiliations, discréditation et victim-blaming sont au rendez-vous, ce qui rend l’expérience juridique tout aussi traumatisante que les évènements qui en sont la cause.

On parlait d’un «avant» et d’un «après» #metoo, mais force est de constater que les changements sont pour le moins superficiels et que le cadre institutionnel demeure hostile aux victimes, et ce au vu et au su de la société tout entière.

«Je ne suis pas très douée pour l’écriture et de me remettre à penser à cette relation malsaine est loin d’être un plaisir, mais je dois ça aux femmes de demain», explique Katherine D’Amours dans son témoignage.

Depuis le début de la vague de dénonciations, plusieurs personnes ayant partagé publiquement leur histoire ont reçu des mises en demeure. «On m’a demandé d’écrire une lettre pour m’excuser et nier les faits que j’ai dénoncés plus tôt cette semaine. On a essayé de me taire, mais je refuse de me taire», raconte Jeanne Sabourin.

Dans ces cas-là, poursuivre en diffamation, c’est profiter d’un système corrompu et inadéquat parce que ce dernier t’avantage.

Le pourcentage de fausses accusations relatif à tous les crimes est de 2% et rien ne permet de conclure qu’il soit plus élevé en matière d’agression sexuelle. Ce préjugé, fortement véhiculé, met en doute la parole de la victime et confère davantage de pouvoir à l’agresseur.se qui profite déjà aux dynamiques de pouvoir déséquilibrées au sein de notre système de justice.

«Une femme sur trois a été victime d’agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans, c’est énorme et il faut que ça cesse», souligne Sandrine Khuon. Il est important de se questionner à savoir pourquoi ces statistiques sont si élevées. Une éducation sexuelle positive et inclusive est essentielle dès le plus jeune âge, comme le confirme Action Canada pour la santé et les droits sexuels. «Une bonne éducation à la sexualité peut jouer un rôle clé dans la prévention de l’agression sexuelle pendant l’enfance, de la violence au sein de relations intimes et de la violence sexuelle.»

Des ressources qui viennent en aide aux victimes et aux agresseur.se.s doivent être mises de l’avant et rendues accessibles à toutes et à tous.

Il est important de mentionner que seulement 5% des crimes sexuels sont rapportés à la police. Il est temps d’entamer une réflexion sur les causes expliquant cette statistique. Par leur silence, les médias protègent les agresseur.se.s et perpétuent cette problématique systémique, participant ainsi à l’oppression des victimes et au maintien du statu quo.

Zoyanne Côté

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