Perspective
05:00 17 mai 2020 | mise à jour le: 29 mai 2020 à 09:51 temps de lecture: 3 minutes

Déconfinement: a-t-on voulu aller trop vite à Montréal?

Déconfinement: a-t-on voulu aller trop vite à Montréal?
Photo: Josie Desmarais/MétroUne femme porte un masque médical dans le métro.

François Legault a encore une fois reporté l’ouverture des écoles et garderies dans le Grand Montréal cette semaine, notamment à la lumière de nouvelles données sur la transmission dans la communauté. Et l’ouverture des commerces, actuellement prévue pour le 25 mai, n’est pas encore acquise. Le gouvernement a-t-il voulu aller trop vite?

Les autorités font face à un casse-tête alors que le déconfinement implique de concilier la capacité du système de santé et les variables économiques, tout en tenant compte des conditions de vie des familles vulnérables.

«Actuellement, le système de santé a un équilibre instable», analyse Roxane Borgès Da Silva, professeure au Département de gestion, d’évaluation et de politique de santé de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Alors que les taux d’occupation des civières dans certains hôpitaux de la Communauté métropolitaine de Montréal frôlent ou dépassent les 100%, un nombre impressionnant d’employés du réseau de la santé est absent suite à un dépistage massif. Un recensement effectué jeudi par Métro révèle qu’il manque au moins 2300 employés, seulement sur l’île de Montréal. À la fin avril, le nombre de 10 000 employés absents était évoqué à travers la province.

Des données détaillées de la Direction régionale de santé publique de Montréal (DRSP) ont dévoilé mardi la hausse de la transmission communautaire dans la métropole, qui est l’épicentre de la crise du coronavirus au pays.

Les foyers d’éclosions dans les CHSLD sont le facteur principal à prendre en compte dans la transmission communautaire, évoque Mme Borgès Da Silva

«Nos travailleurs de la santé se sont tous contaminés en CHSLD et ont contaminé leur famille qui eux-mêmes sont allés à l’épicerie et ont contaminé d’autre monde et ça se propage maintenant», illustre-t-elle.

Dans un tel contexte, le gouvernement ne pouvait pas entrevoir une réouverture des écoles en mai dans la métropole. «Ça serait difficile de rouvrir les écoles puisqu’on ouvrirait la porte à avoir plus de transmission dans la communauté; d’avoir du personnel enseignant, des directeurs d’école qui seraient contaminés, qui auraient besoin de soins et on ne serait pas capable de subvenir à tous ces besoins-là», dit Mme Borgès Da Silva.

Selon une analyse de l’Institut national de santé publique du Québec, un déconfinement pourrait mener à une augmentation rapide des décès et des hospitalisations à Montréal. Il n’y a toujours pas de baisse significative du nombre de décès à Montréal, malgré une baisse une baisse du nombre d’hospitalisations.

Une infirmière interviewée par Métro témoignait jeudi de ses craintes concernant un éventuel déconfinement de Montréal.
«Je ne vois pas comment on va pouvoir pallier ce manque de personnel et surtout traiter un nombre accru de patients qui auront besoin de soins spécialisés», a-t-elle raconté.

Mme Borgès Da Silva se réjouit que le gouvernement reporte le déconfinement de la métropole, initialement prévu entre le 11 et le 25 mai selon les secteurs d’activités.

«Le gouvernement préfère y aller de manière précautionneuse plutôt que de prendre des risques. C’est un bon choix. On ne voudrait pas se retrouver dans la situation de l’Italie à devoir choisir qui aura droit au respirateur ou non», évoque la professeure.

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