Santé
05:00 4 février 2021 | mise à jour le: 4 février 2021 à 16:35 temps de lecture: 4 minutes

Efficace, le port du double-masque?

Efficace, le port du double-masque?
Photo: Félix Lacerte-Gauthier/Métro MédiaUne Montréalaise portant le double-masque. Moins populaire au Québec, son port est de plus en plus recommandé au sud de la frontière.

De plus en plus, on peut voir des célébrités porter le double-masque, soit deux masques l’un par-dessus l’autre. Bien que l’idée commence à circuler de plus en plus, son application ne fait pas encore consensus.

«Ça limite la propagation du virus, tout simplement parce qu’il y a plus de barrières qui empêchent les gouttelettes d’être en contact avec une personne à proximité. Ce n’est pas une mesure qui devrait être contre-indiquée», avance Benoît Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM et expert en virologie.

Aux États-Unis, le Dr Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses, se prononçait récemment en faveur du double-masque. Son port pourrait bientôt être recommandé par le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis.

Néanmoins, aucune documentation ne permet pour l’instant d’appuyer le port du double-masque de manière scientifique, alors que la tendance est encore trop récente.

«On peut penser certainement, avec les concepts que l’on connait, que si un masque n’a pas de bonnes propriétés filtrantes, ça pourrait augmenter cette propriété barrière», explique Maximilien Debia. Professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, il s’intéresse depuis le début de la crise à la question du masque.

«Le point le plus important, qu’on porte un masque, ou deux masques, c’est de s’assurer qu’ils ont les propriétés cibles qui permettent de se protéger et  de s’assurer de le porter correctement.» – Benoît Barbeau, expert en virologie

Étanchéité

Toutefois, cette protection additionnelle, dont l’efficacité est incertaine, pourrait aussi poser un inconvénient important.

«Si on ajoute des barrières, on peut diminuer la respirabilité. C’est quelque chose que l’on teste dans les masques. Si l’air ne passe pas par le masque, il passe par les côtés. En diminuant la respirabilité, on pourrait avoir des fuites», prévient-il.

Des propos qui rejoignent M. Barbeau, à l’UQAM. Ce dernier rappelle l’importance de s’assurer que l’étanchéité du masque soit conservée.

«Si le deuxième masque empêche que le premier soit étanche, vous êtes en situation où vous allez nuire l’effet protecteur des masques. Le masque nous protège en autant qu’on ait un comportement et une procédure appropriée. L’étanchéité est un point essentiel», ajoute-t-il.

«Le couvre-visage doit être vu, avant tout, comme un moyen de protection collectif qui permet de contrôler à la source les aérosols générés par une personne qui serait infectée.» – Maximilien Debia, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Porter deux couvre-visages n’offrirait cependant pas les mêmes bénéfices obtenus avec un masque chirurgical, notamment dans le contrôle des aérosols. De même, le port du masque n’est pas une panacée et devrait être complémenté d’autres mesures, comme de respecter la distanciation et limiter le temps d’exposition.

«Au-delà d’avoir deux masques de mauvaise qualité, c’est d’avoir ce masque de bonne qualité dans les situations qui nous préoccupent, dans les endroits où les gens vont rester dans des milieux mal aérés sur de longues périodes de temps», ajoute M. Debia.

La Santé publique de Montréal ne souhaitait pas se prononcer sur le sujet.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, on indique qu’il n’y a pas d’orientation sur le double port du masque, puisque ce sont plutôt les masques médicaux qui sont recommandés.

«Les experts de l’INSPQ mentionnent que le masque médical a démontré une efficacité alors qu’il y a peu de données sur le couvre-visage. Nous recommandons déjà depuis l’été que les personnes de la population qui sont plus vulnérables à développer des complications de la covid-19 portent des masques médicaux», indique par courriel Marie-Hélène Émond, porte-parole du ministère.

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