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11:56 2 février 2021 | mise à jour le: 8 février 2021 à 12:28 temps de lecture: 5 minutes

Ottawa annonce des vaccins produits à Montréal et Vancouver

Ottawa annonce des vaccins produits à Montréal et Vancouver
Novavax coronavirus Vaccine and syringe in the bottle or vial for injection in doctors hands. Covid-19, SARS-Cov-2 prevention, January 2021, San Francisco, USA

Devant les incertitudes d’approvisionnement de vaccins en provenance d’Europe, le gouvernement Trudeau a annoncé que des millions de vaccins seront produits au Canada, notamment à Montréal. Il faudra cependant attendre plusieurs mois avant que les premières doses canadiennes soient administrées.

Ottawa s’est entendu avec l’entreprise américaine Novavax pour une production de millions de vaccins à Montréal, plus précisément au Conseil national de recherches du Canada (CNRC), sur l’avenue Royalmount. En ce lieu, des installations pour produire des vaccins «de toute sorte» doivent être aménagées pour que l’entreprise soit en mesure de produire ses premières doses «d’ici la fin de l’été», a précisé M. Trudeau. Novavax a annoncé il y a seulement quelques jours un vaccin efficace à 89,3%.

Le gouvernement a également conclu un accord avec Precision NanoSystems pour que celle-ci construise une usine qui devra pouvoir fabriquer 240 millions de doses par année. Cette usine ne sera cependant pas complétée avant 2023, a précisé le ministre l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne.

D’autres vaccins canadiens pourront être produits en Saskatchewan. Le fédéral a appris que 40 millions de doses pourront être fabriquées par VIDO-Intervac, dont les installations seront fonctionnelles «d’ici la fin 2021», a encore précisé François-Philippe Champagne.

«Besoin» de produire localement

Avant ces annonces, le Canada était entièrement dépendant des doses importées de l’Europe. Des craintes d’approvisionnement ont cependant été soulevées alors que l’Union européenne se montre plus contrôlante des vaccins qui quittent ses États membres.

Justin Trudeau continue d’assurer que cela n’aura pas d’incidence sur le nombre de doses que le Canada doit recevoir d’ici les deux prochains mois.

«On est en voie de recevoir toutes les commandes de vaccins Pfizer et de Moderna prévues d’ici la fin mars» et tous les Canadiens «qui le voudront pourront» être vaccinés d’ici septembre, a-t-il réitéré.

Toutefois, produire des vaccins en territoire canadien semble être de plus en plus important pour le premier ministre. «Nous avons besoin la plus grande capacité de production locale possible», a-t-il affirmé.

Justin Trudeau a également fait valoir qu’il s’agit d’une stratégie à long terme.

«On ne sait pas ce qui pourrait se passer l’année prochaine ou les années à venir. Il y a des nouvelles variantes et il va continuer d’y avoir de la COVID-19 un peu partout. On va peut-être avoir besoin de suivis et d’autres vaccins.» -Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Jusqu’ici, le Canada a reçu 1,1 million de doses et 87% d’entre elles ont été administrées.

L’Union européenne inquiète

Ces annonces auront toutefois peu d’impact sur la campagne de vaccination actuelle, puisque les premiers vaccins canadiens seront livrés d’ici la fin de l’été, alors que l’objectif du Canada est de vacciner tous les Canadiens qui le souhaitent d’ici septembre. Le Canada continuera donc de devoir importer des vaccins au cours des prochains mois.

Les mesures protectionnistes de l’Union européenne préoccupent l’épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal Benoît Mâsse.

«Ça m’inquiète parce qu’on n’a pas entendu un engagement formel de l’Union européenne. On a des ententes avec d’autres vaccins, mais c’est sûr qu’on va avoir besoin de l’Union européenne. La question demeure, est-ce que c’est encore possible de vacciner 1 million de personnes au Québec d’ici la fin mars?» -Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

M. Mâsse souligne également la position précaire en termes d’immunisation dans laquelle le Canada se trouve actuellement. «À court terme, il y a vraiment un besoin urgent de protéger les plus à risque avec l’émergence de variants. On serait en meilleure position avec 10 ou 15% de la population vaccinée comme aux États-Unis ou au Royaume-Uni, mais on est loin de ça avec à peine 2% au Canada.»

À long terme, l’annonce du fédéral est une bonne nouvelle, estime M. Mâsse, car il n’est pas impossible que des variants du virus deviennent résistants aux vaccins actuellement produits. «Ça devient important d’avoir une production locale pour revacciner la population. C’était une des faiblesses du Canada. On n’a jamais eu vraiment cette capacité de produire des vaccins localement.»

Les tests rapides «doivent être utilisés»

Le premier ministre Trudeau a montré des signes d’impatience envers les provinces qui n’utilisent pas les 17 millions de tests rapides que le fédéral leur a envoyés.

C’est le cas du Québec, qui a réitéré hier que deux millions de tests rapides qui dorment sur ses tablettes «peuvent nuire plus qu’ils peuvent aider».

«Le lobby est très fort pour qu’on les utilise, mais c’est vraiment à risque, a expliqué hier la Dre Isabelle Goupil-Sormany, lors d’un breffage technique du ministère de la Santé et des Services sociaux. On l’a vu aux États-Unis avec des éclosions dans des dortoirs, dans le milieu du cinéma, le milieu des arts.»

Justin Trudeau a toutefois une opinion qui contraste avec celle du Québec sur ces tests. Pour lui, ils seront «extrêmement importants pour garder les chiffres bas» d’ici à ce que la population soit vaccinée

«Jusqu’à maintenant, seulement un peu plus de trois millions [de tests rapides] ont été utilisés. Je continue donc les provinces d’en faire usage. Ces tests doivent être utilisés, que ce soit dans les écoles, les centres de soins de longue durée et les milieux de travail», a mentionné le premier ministre.

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