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Limiter le droit à l’avortement à l’ère des technologies de surveillance

Le droit à l’avortement aux États-Unis vient de subir bien davantage qu’un retour de 49 ans en arrière: parce qu’il y a 49 ans, il n’y avait pas toutes ces technologies pour surveiller la santé et obtenir quantité d’informations que des femmes auraient préféré garder pour elles.

Qu’arriverait-il par exemple si les autorités policières d’un État qui criminalise l’avortement, demandaient à des compagnies comme Facebook ou Google des données personnelles sur des femmes soupçonnées d’avoir eu un avortement? L’histoire récente, résume le magazine Axios, tend à croire qu’elles donneraient les données en question. Parmi ces informations, il y a évidemment les gens rencontrés ou à qui on a parlé —dont des professionnels de la santé— ce qu’on a acheté sur Amazon, les données de déplacement —celles du téléphone ou des véhicules de location— et peut-être même les courriels, si les policiers peuvent y avoir accès. Dans l’histoire récente justement, les compagnies se sont parfois opposées à des demandes qu’elles considéraient trop larges, mais ont minimalement coopéré chaque fois qu’il s’agissait d’une enquête criminelle.

Certains se demandent même si la collaboration des compagnies serait nécessaire: le simple contenu d’un téléphone, s’il peut faire l’objet d’une saisie, peut révéler beaucoup de choses sur les contacts, les déplacements, les achats et l’état de santé. Il y a par exemple des applications de suivi des menstruations, qui peuvent de ce fait devenir « incriminantes » si la femme a dissimulé un avortement dans un État qui l’interdit.

Et les informations « révélées » peuvent avoir des répercussions bien au-delà de la « suspecte », rappelle le New Yorker dans sa dernière édition: « nous sommes entrés dans une ère de surveillance d’État généralisée et de criminalisation —les femmes enceintes, les médecins, les pharmaciens, les employés des cliniques, les bénévoles… »

D’un point de vue purement légal, les compagnies vont devoir réfléchir à la légitimité de conserver autant de données et aux préjudices que cela pourrait entraîner: c’est le concept de « minimisation des données personnelles », qui stipule que les données recueillies et, surtout, gardées en mémoire, soient limitées au strict minimum. Ça s’appliquerait aux plateformes comme aux employeurs. Le groupe de travail de l’Union européenne sur les données personnelles l’a intégré dans son guide d’éthique.  Mais pour aller plus loin, il faudra faire de ce principe une loi, et peu de pays sont rendus là.

En attendant, la technologie continue d’avancer. L’auteure Annalee Newitz évoque sur Twitter, dans la foulée du jugement de la Cour suprême des États-Unis, une science-fiction qui semble soudain beaucoup moins improbable: « Année: 2035. Aujourd’hui, votre toilette intelligente vous a envoyé un texto: Félicitations. Urine-analyse montre que vous êtes enceinte. Votre statut de mobilité a été mis à jour. Vous ne serez pas autorisée à quitter l’État jusqu’à ce que cette vie soit née. »

Source: Agence Science-Presse

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