La Honda Accord, ou comment se faire battre par une Chevrolet
La Honda Accord perdrait-elle sa suprématie? Une chose est sûre, celle qui se targue d’être la berline intermédiaire la plus vendue au Canada souffre de son dernier passage générationnel.
On lui reproche surtout un prix très arrogant. Dans sa version de base avec moteur quatre cylindres (177 chevaux), l’Accord demande 25 090 $… Même que sa variante à 190 chevaux (toujours un quatre cylindres) exige 27 490 $, sans proposer les sièges chauffants.
En comparaison, la nouvelle Chevrolet Malibu débute à 22 995 $. Et si l’on verse pour cette dernière autant d’argent que pour la japonaise, on obtient en prime le revêtement de suède, les pédales ajustables et le démarreur à distance. Entre autres.
Chevrolet primée
Si j’établis cette comparaison avec la Malibu, c’est que la berline américaine vient de remporter le prix de la Voiture nord-américaine de 2008. Et ce, devant l’Accord, qu’elle a battue par plus du double de points (190 contre 95).
Oh, non pas que l’Accord soit inintéressante à conduire, bien au contraire. Sa 8e (!) génération, assemblée sur la plateforme reconnue des Acura TSX et TL, continue de miser sur une solide tenue de route, rehaussée par un beau zest de sportivité – surtout avec le V6 de 268 chevaux, le plus puissant V6 jamais octroyé à l’Accord. La direction a aussi été retravaillée, pour des manÅ“uvres précises qui se commandent du bout des doigts.
Néanmoins, la nouvelle Accord se contente d’une boîte à seulement cinq rapports, sans passage manuel. Pourtant, les transmissions séquentielles à six rapports prennent de plus en plus le pas, dans l’industrie automobile. La Malibu va même jusqu’à offrir les palettes au volant!
Honda affirme que, chez elle, une meilleure consommation d’essence passe par les moteurs plutôt que par les transmissions. C’est pourquoi le nouveau V6 de l’Accord accepte de «désactiver» quelques cylindres lorsque la demande en puissance est réduite. L’opération s’effectue automatiquement, de façon très subtile. C’est un bon point, et accordons-le.
Aussi, avec ses dimensions accrues (un empattement qui s’étire de 60 mm et un volume intérieur en hausse de 95 l) l’intermédiaire de Honda est devenue la plus grande Accord jamais conçue. De même, sa finition intérieure est impeccable.
Sauf que…
La dernière génération de l’Accord souffre d’une insonorisation moyenne. Le bruit des pneus envahit beaucoup trop l’habitacle – la faute reviendrait-elle à ce hayon de coffre qui n’est pas tapissé d’un matériel isolant?
Par ailleurs, croyez-le ou non, la banquette arrière n’accepte de se rabattre que d’un bloc. Il y a bien un «laissez-passer» qui permette aux skis de s’étirer du coffre jusque dans l’habitacle, mais, pour les objets plus volumineux, il faut sacrifier toutes les places arrière. Pas très pratique.
Temps difficiles
Bien sûr, la sécurité de série est complète, avec système de stabilité et tous les coussins gonflables nécessaires. Et la réputation de grande fiabilité de Honda n’est pas surfaite. Mais voilà qui n’excuse pas l’arrogance des prix, de plusieurs milliers de dollars supérieurs à la compétition.
Devant une concurrence qui s’affine, même chez les Américains, m’est avis que les temps seront difficiles pour la nouvelle Accord. Surtout dans ce segment des berlines intermédiaires, en décroissance ces dernières années.