Soutenez

Interdiction du cellulaire au volant: un an et 10 000 contraventions plus tard…

Photo:

Il y a un an entrait en vigueur l’interdiction, pour un auto­­mobiliste au Québec, de conduire cellulaire en main. Près de 10 000 contraventions plus tard, la réglementation conserve sa pertinence : le cellulaire au volant, c’est dangereux.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le danger ne réside pas uniquement dans le cellulaire qu’on tient à la main, il réside aussi dans la conversation que l’on mène au bout du fil. Certes, l’usage d’un cellulaire sans dispositif «mains libres» con­trevient à la conduite responsable et sécuritaire, qui exige que les deux mains soient posées sur le volant.

C’est pourquoi, depuis le 1er avril 2008, une nouvelle disposition au Code de la sécurité routière prévoit que les conducteurs québécois qui se font prendre «la main sur le cell» sont en infraction. Les contraventions (115 $, plus trois points d’inaptitude) n’ont cependant commencé à être décernées qu’après une période de grâce de trois mois.

Ainsi, dans la région de Montréal-Laval-Laurentides-Lanaudière desservie par
la Sûreté du Québec, 2 002 contra­­­ventions ont été émises entre le 1er juillet 2008 et le début du mois de mars 2009. Le Service de police de la Ville de Montréal a pour sa part délivré 6 161 contraventions entre le 1er juillet et la fin décembre 2008. À Laval, on parle d’un peu moins d’un millier de contraventions. Même chose à Longueuil.

Total approximatif : 10 000 contra­ventions.

Attention divisée
S’il est trop tôt pour établir un bilan au sujet de l’autodiscipline téléphonique des conducteurs québécois, on peut d’ores et déjà rappeler que le cellulaire au volant, même en «mains libres», est dangereux. Le fait est que la conversation divise l’attention du conducteur à un moment où ce dernier devrait se concentrer sur la route.

Et cette division de l’attention a des conséquences. Des recherches menées au Laboratoire de conduite de l’Université de Montréal ont montré que l’automobiliste ayant un entretien téléphonique, en «mains libres» ou pas, adopte des comportements périlleux (voir encadré). « Qui plus est, les réactions à une situation d’urgence peuvent être complètement inappropriées, comme freiner sur une surface glacée», précise Jacques Bergeron, professeur de psychologie et directeur du laboratoire.

Il est par ailleurs peu sécuritaire d’engager une conversation avec un interlocuteur qui, contrairement à un passager prenant place à bord du véhicule, ne voit pas ce qui se passe sur la route. En cas d’urgence, cet interlocuteur n’aura pas le réflexe de se la boucler pour permettre au conducteur de se concentrer sur la manÅ“uvre.

Les risques sont encore plus élevés lorsque la conversation a une forte charge émotionnelle – se faire deman­der le divorce est beaucoup plus dérangeant que de se faire demander une pinte de lait…

Bref, quelqu’un qui utilise un cellulaire au volant a 38 % plus de risques d’avoir un accident qu’un non-utilisateur. Et l’usage d’un dispositif mains libres réduirait ces risques d’à peine 10 %.

Pour une conduite totalement sécuritaire, la loi devrait peut-être bannir les cellulaires au volant, mains libres ou pas. Car la conduite, qui comporte son lot d’automatismes et qui paraît si simple, est néanmoins très exigeante sur le plan psychologique.

«Il faut tout à la fois être attentif, porter des jugements et être capable de réagir rapidement. Cela demande habileté et vigilance», fait valoir M. Bergeron. Citant des étu-des internationales, ce dernier conclut que, mine de rien, «conduire en discourant au cellulaire, c’est aussi dangereux… que de conduire en état d’ébriété.»

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.