L’héritage d’iTunes 10 ans plus tard
Il y a 10 ans exactement aujourd’hui, le 28 avril 2003, Apple lançait l’iTunes Music Store, avec 200 000 chansons à 0,99$. L’impact de la boutique a depuis été saisissant pour l’industrie de la musique, mais aussi – il ne faudrait pas l’oublier – sur les habitudes de consommation des internautes en général.
La boutique d’Apple a évidemment dépassé il y a bien longtemps les frontières de la musique. Apple propose par exemple des émissions de télé depuis 2005, des films depuis 2006 et, depuis plus récemment, des applications, des cours universitaires et des livres.
Dans la plupart de ces domaines, la feuille de route d’iTunes est impressionnante: 25 milliards de chansons vendues, 40 milliards d’applications téléchargées, 1 milliard de cours iTunes U téléchargés, etc. De gros chiffres qui, franchement, nous dépassent un peu.
D’une façon peut-être plus convaincante, Apple détenait en 2012 plus de 29% de toutes les ventes de musique au monde. Pas mal, pour une boutique qui n’avait alors que 9 ans d’existence, dans une industrie établie depuis bien longtemps.
10 ans, c’est encore jeune. Beaucoup trop jeune en fait pour réellement mesurer l’impact du magasin en ligne. Mais pour moi, iTunes pourrait bien passer à l’histoire comme étant la boutique qui a rendu légitime le fait de payer pour des biens intangibles. Pour des 1 et des 0.
iTunes a habitué les consommateurs à acheter des produits sans leur support physique. De la musique sans CD, des logiciels sans DVD, des films HD sans disques Blu-ray. Et dans bien des cas, à payer pour ce qui était auparavant tout bonnement piraté.
Une habitude qui a non seulement renfloué les coffres d’Apple, mais qui a aussi permis à d’autres industries d’évoluer par la suite. Est-ce qu’on aurait pu croire il y a quelques années à peine qu’un magazine comme Newsweek puisse un jour cesser d’être imprimé pour n’être offert qu’en ligne seulement?
Apple n’est évidemment pas la seule responsable de cette évolution, beaucoup d’autres facteurs doivent aussi être pris en compte. Mais l’iTunes Store a certainement joué un grand rôle dans la démocratisation des achats dématérialisés partout à travers le monde.
Bien malin qui aurait pu prédire un tel succès lors du lancement de la boutique en 2003.
En fait, pour être honnête, certaines personnes se doutaient bien du potentiel d’iTunes. Le rédacteur en chef du magazine Nouveau Projet Nicolas Langelier présentait d’ailleurs l’iTunes Music Store comme site web de la semaine dans La Presse du 3 mai 2003, en titrant son article «Une solution raisonnable au piratage».
Pour ce dernier, Apple avait alors peut-être «trouvé un compromis acceptable, entre la gratuité totale prônée par certains et les demandes franchement démesurées des artistes et compagnies de disques». Son texte se terminait par une question: «Apple s’apprête-t-elle une fois de plus à révolutionner notre rapport avec la technologie?».
Avec le recul, la réponse à cette question est évidente.
Oui.