Le bruit du séisme du Japon, enregistré depuis les profondeurs océaniques
En collaboration avec des équipes japonaises, le biologiste Michel André, Directeur du
Laboratoire d’applications bioacoustiques de l’Université polytechnique
de Catalogne a réalisé une première mondiale: la mise en ligne de
l’enregistrement du bruit qu’a généré le mouvement de la croûte
terrestre, qui a provoqué de ce fait le séisme du 11 mars ayant affecté
le nord du Japon.
Les internautes pourront écouter l’enregistrement du séisme
survenu au Japon, accompagné de quelques répliques. Les sons de basses
fréquences ont été accélérés 16 fois, afin de pouvoir être perçus par
l’oreille humaine, est-il indiqué sur le site ListenToTheDeep.com.
Par ailleurs, il est aussi possible d’avoir un aperçu visuel de
l’intensité du séisme, puisque les sons sont aussi présentés
graphiquement par le biais de spectrogrammes. Une ligne verticale permet
de suivre la progression temporelle du grondement.
Les sons des séismes ont été captés par les scientifiques impliqués dans le projet LIDO (Listen to the Deep Ocean Environment),
que dirige l’ingénieur et biologiste français Michel André. Il consiste
à enregistrer et à analyser les sons produits par la faune et
l’environnement marins, mais aussi ceux générés par les humains et qui
se répercutent dans cet environnement (comme le bruit du moteur des
bateaux).
«Le projet LIDO a pour objet d’enregistrer en temps réel les sons
sous-marins en haute mer et de déterminer l’influence des sources
artificielles de bruit sur la conservation du milieu marin», explique M.
André.
Pour y parvenir, l’équipe a disposé stratégiquement des hydrophones
un peu partout dans les océans de la planète. Ceci leur permet d’écouter
les sons presque en temps réel, par l’intermédiaire d’une connexion
Internet.
Cette
technologie leur a ainsi permis de se rendre compte le mois dernier
qu’un tremblement de terre était en cours dans la région du nord-est du
Japon, dont l’intensité a été estimée à 9 sur l’échelle de Richter.
L’équipe de Michel André est aussi reconnue pour avoir créé le
premier système acoustique servant à la prévention des collisions entre
les bateaux et les cétacés. «Nous craignons que l’exposition chronique
d’espèces qui dépendent des signaux acoustiques, comme les baleines, au
vacarme anthropique croissant ne compromette gravement la conservation
d’espèces déjà menacées qui utilisent, pour leurs itinéraires
migratoires, pour leur reproduction et pour leur alimentation, des zones
acoustiquement contaminées», souligne le chef d’équipe.
Son invention s’est d’ailleurs mérité le prix Rolex en 2002, qui récompense les chercheurs tentant de mieux comprendre des sujets relatifs à l’Homme et à son environnement.