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03:00 16 août 2018 | mise à jour le: 16 août 2018 à 14:21 temps de lecture: 6 minutes

Le basketball gagne en popularité au Québec

Le basketball gagne en popularité au Québec
Photo: Josie Desmarais/Métro

Si le basketball subit une ascension fulgurante aux États-Unis, le ballon orange bondit plus haut que jamais au Québec. Le sport jouit d’une publicité nouvelle et le développement de talents professionnels pourrait l’implanter pour de bon dans la Belle Province.

Aux États-Unis, le basketball se porte mieux que jamais. Cette année, surfant sur la vague de supervedettes comme LeBron James, Stephen Curry, Kevin Durant et James Harden, la NBA, la ligue nord-américaine de basketball professionnel, a enregistré un record d’assistance pour une quatrième saison consécutive. Plus de 22 millions de spectateurs ont assisté à un match de la NBA en 2017-18.

Cette popularité du basketball dans le pays de l’Oncle Sam trouve un écho au Canada. Les Raptors de Toronto, la seule équipe canadienne de la NBA, attirent près de 20 000 spectateurs par match, le quatrième plus haut total de la ligue.

Et au Québec? Même si la province ne compte pas encore d’équipe de basketball professionnelle, les progrès sont visibles.

En 2014, Basketball Québec faisait état de près de 38 000 joueurs et joueuses de basketball dans la province. Ceux-ci étaient répartis dans un peu moins de 3200 équipes distinctes.

Selon le dernier rapport de la fédération québécoise (2016-2017), le nombre de participants dans la province a presque atteint les 41000. Entre 2015-2016 et 2016-2017, le nombre de joueur a augmenté de 6%, et on compte maintenant 3400 formations partout dans la province.

«Nous avons commencé à nous activer pour augmenter l’engagement, observe le directeur général de Basketball Québec, Daniel Grimard. Pour l’année 2017-2018, on devrait parler d’une croissance supérieure à 10%.» Il espère pouvoir rattraper le progrès effectué dans le reste du Canada.

Espoirs made in Québec

Les plus grands talents québécois s’exportent de plus en plus aux États-Unis. La saison dernière, les Montréalais Chris Boucher et Khem Birch ont joué des matchs dans la NBA. Le jeune Luguentz Dort, aussi de Montréal, a l’ambition de dominer le circuit universitaire américain (NCAA) pour ensuite être repêché en première ronde de la NBA.

S’il y a toujours eu un flux de bons joueurs québécois, la donne semble donc avoir changé dans les dernières années. Nemanja Zarkovic, l’un des premiers joueurs de sa génération à avoir joint le système américain, s’est développé au Séminaire de Sherbrooke et au Collège Jean-de-Brébeuf, au Québec. Le joueur s’est joint à l’équipe de l’Université Fordham, à New York, en 2013.

«Quand j’ai fait mon parcours collégial, aucun Québécois ne s’était rendu en division un de la NCAA depuis des années, poursuit-il. La seule option pour que je m’y rende, c’était de me développer techniquement et psychologiquement.»

Aujourd’hui, le basketball québécois se porte mieux que jamais, selon lui. «Si je devais faire ma carrière au Québec, je ne pense pas que je me rendrais aussi loin, analyse-t-il. [Le bassin de joueurs] est beaucoup plus compétitif.

L’entraînement en avant-plan

Plusieurs facteurs expliquent les améliorations enregistrées par le basketball dans la province. Parmi ceux-ci, le niveau d’excellence des entraîneurs du Québec revient souvent.

«Nous avons dans les meilleurs entraîneurs au pays, lance l’entraîneure de l’équipe basketball féminin de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Albena Branzova. Pas seulement parce qu’ils mènent leurs équipes loin, mais parce qu’ils connaissent le sport et prennent soin de leurs athlètes.»

C’est la philosophie développementale du Québec qui fait ses preuves, selon Nemanja Zarkovic. «Il y a peut-être 5% des universités aux États-Unis qui vont développer leurs joueurs, contrairement au Québec, où on a pas le choix», affirme-t-il.

La popularisation du basketball au Québec passe d’abord et avant tout par les entraîneurs, croit Daniel Grimard. «Si les intervenants auprès des jeunes n’ont pas la capacité de nourrir la passion, les jeunes vont aller vers un autre sport», établit-il.

Avec la prolifération des programmes de sport-études et des concentrations dans les écoles québécoises, le métier d’entraîneur se stabilise. Plus de 40 écoles comptent actuellement des programmes du genre et permettent la création de postes d’entraîneurs à temps plein.

Malgré tout, les entraîneurs de la province auraient avantage à modifier leur approche, croit Nemanja Zarkovic. Actuellement, dit-il, une «mentalité conservatrice» est en place dans le développement des jeunes. «Les entraîneurs ont tendance à dire: “J’ai mes joueurs, j’ai mes méthodes et je ne les partage pas parce que j’ai peur qu’on vienne me les voler”», déplore-t-il.

Une équipe dans la métropole?

Le basketball professionnel est encore un mirage pour Montréal. À côté d’un projet du genre, le retour des Expos semble plus près que jamais. Pourtant, en avril, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain a confirmé qu’elle travaillait avec le groupe dirigé par l’homme d’affaires Michael Fortier, qui veut attirer la NBA dans la métropole.

Cette année, le Réseau des sports (RDS) a décidé de diffuser des matchs de série de la NBA pour une première fois en vingt ans, et le Centre Bell accueille depuis 2012 des matchs préparatoires du circuit américain. Toutes les personnes interrogées s’entendent pour dire que l’arrivée d’une équipe professionnelle jouerait le même rôle pour le basketball au Québec que les Raptors l’ont fait en Ontario.

«Il y a plein d’événements d’envergure qui commencent à s’implanter à Montréal, remarque Daniel Grimard, de Basketball Québec. Pour nous, c’est le résultat de l’engouement qui est en train de se créer pour le basketball au Québec.»

«Tout passe par le marketing, dit Nemanja Zarkovic. Il faut créer une frénésie dans la communauté. Tout à coup, si tu as trois, quatre, cinq joueurs québécois dans la NBA, il y a une fierté québécoise qui va se créer.»

Le basketball bénéficierait de recevoir du financement dans des projets encore plus récréatifs, croit Albena Branzova. «Il n’y a même pas assez de terrains de basketball à l’extérieur, observe-t-elle. Ces terrains prennent très peu de place. Je pense qu’il y a une grande opportunité pour la Ville de promouvoir l’activité physique.»

Le réputé programme de basketball de l’université Duke sera de passage à la Place Bell ce dimanche pour affronter l’équipe masculine de l’Université McGill. Le joueur canadien R.J. Barrett sera de la partie. L’affluence enregistrée donnera sans aucun doute une idée de l’intérêt ambiant.

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