À quoi peut servir l’analyse?
Il est bien beau de faire l’éloge des statistiques avancées dans le sport. La démarche que supposent ces données est sophistiquée et intéressante. Mais comment les utiliser dans la réalité?
Des tonnes de facteurs compliquent la tâche des directeurs généraux. La faible mobilité du marché et le plafond salarial en sont deux bons exemples. Les transactions, surtout les transactions majeures, sont de moins en moins fréquentes. Il suffit de regarder les émissions spéciales à la date limite des échanges pour le constater.
«Même si tu peux identifier un joueur qui a beaucoup de valeur, il sera difficile d’en faire l’acquisition, explique Mike Boyle, du Sports Analytics Institute. C’est pourquoi il est extrêmement important de mesurer tes joueurs et leur développement.»
Il n’est toutefois pas impossible pour une équipe plus astucieuse que les autres de s’améliorer en transigeant. «Si un joueur ne produit pas assez en regard de son contrat et que le marché ne s’en est pas encore rendu compte, l’équipe peut s’en départir et recevoir un joueur de valeur en retour», indique M. Boyle.
Le plafond salarial limite la marge de manœuvre des équipes, surtout si elles doivent payer quelques vedettes. «Les meilleurs joueurs ne ressentent pas vraiment les contrecoups du plafond, dit Kevin P. Mongeon, l’associé de M. Boyle. Ce sont les joueurs de soutiens qui voient leurs revenus diminuer.»
Cela tombe bien, car c’est dans l’identification de ces joueurs que les statistiques avancées peuvent aider. «On n’a pas besoin de grandes analyses pour savoir que Sidney Crosby est un bon joueur offensif, dit M. Mongeon. Mais trouver un bon joueur défensif de troisième trio est autre chose. Le marché a de la difficulté à évaluer ces joueurs. Avec une bonne évaluation, il est possible de trouver ce genre de joueur pour un salaire raisonnable.»
«Avant, nous avions tendance à évaluer un joueur défensif par sa production à l’attaque, ajoute M. Boyle. Il ne marque que 10 buts par saison, donc il est défensif, disait-on. Mais cela ne prend pas en considération sa production défensive, ses performances contre les meilleurs joueurs adverses.»
Bien utiliser les données
N’importe quel amoureux des statistiques au hockey aimerait qu’un plus grand nombre de données soit disponible. Toutefois, l’objectif est de bien utiliser ces chiffres. «Le problème, en ce moment, n’est pas le manque de données, c’est le fait que le hockey est complexe, et que tu as besoin d’un grand niveau d’habiletés pour réussir à extraire les bonnes conclusions des chiffres disponibles», affirme M. Mongeon.
«Une équipe pourrait vraiment disposer d’un avantage si elle devenait la meilleure en analyse statistique», ajoute M. Boyle. Il y aurait tout de même de grandes avancées possibles si plus de chiffres étaient recueillis par la ligue.
«Il y aura une véritable explosion d’analyse quand on aura la position des joueurs sur la glace à tous moments», affirmé Tom Awad, un contributeur au site web Hockey Prospectus. «En connaissant la position des joueurs, on pourrait savoir qui a été pris hors position et mesurer la chance de marquer.»
Kevin P. Mongeon, pour sa part, aimerait analyser les habiletés d’un joueur avec précision. «Nous sommes capables de mesurer la contribution d’un joueur à une victoire, son impact en attaque et en défense, mais nous ne sommes pas en mesure de diviser ses habiletés en sous-catégories. Par exemple, savoir pourquoi son attaque est bonne. Est-ce à cause de sa vitesse, des ses passes, de son lancer, parce qu’il est capable de gagner des batailles le long des bandes?»
Les équipes embarquent
D’habitude, les équipes n’aiment pas trop parler de leurs stratégies et de leurs techniques de recrutement.
- Certaines d’entre elles avouent cependant utiliser les statistiques avancées. Sans surprise, les Penguins de Pittsburgh sont friands d’analyse. Dean Lombardi, le directeur général des Kings de Los Angeles, est un homme de chiffres. Ah oui, son équipe vient de gagner la Coupe Stanley. Enfin le Canadien. Comme à son habitude, l’équipe montréalaise n’a pas voulu commenter, mais a indiqué qu’elle travaillait avec des statistiques avancées.