Le Sportnographe

Canadien chez le psy

Canadien chez le psy

Cette semaine, j’ai fait un rêve dans lequel Canadien au grand complet est allé voir ma psy. Bon, ils étaient un peu serrés dans son bureau; en revanche, elle pratique dans Outremont, son bureau est luxueux et grand. Dans mon rêve, Canadien commençait à trouver que ça allait mal dans sa vie. Je peux-tu te dire que c’est aussi ce que je pense depuis deux semaines?

Anyway. Demandez-moi pas pourquoi, mais pour cette occasion, ma psy était devenue une psychanalyste, et elle se réclamait de Jacques Lacan. Pis, ça y allait à gros traits dans la séance, je te jure. La preuve? Ç’a débuté par une expérimentation avec chacun des joueurs, histoire de s’assurer qu’ils avaient tous franchi ce que Lacan appelait le stade du miroir.

C’est que (toujours dans mon rêve) des journalistes sportifs s’étaient mis à postuler que les joueurs de Canadien avaient à peine franchi cette étape importante du développement chez l’humain qui consiste, entre 6 et 18 mois, à prendre conscience de soi et à se constituer en sujet possédant un corps unifié plutôt qu’en ti-bouttes (Lacan, lui, parlait de corps morcelé).

Cette hypothèse des journalistes sportifs à l’effet que Canadien avaient à peine franchi le stade du miroir venait du fait que, lors des points de presse, les joueurs s’expriment presque toujours à la troisième personne. Exemple : «On joue vraiment comme de la marde en power-play

Pourquoi, me demandez-vous? C’est que, normalement, après le stade du miroir, l’humain bascule dans le langage et poursuit la construction de son identité en tant que sujet en parlant, oui, d’abord à la troisième personne (par exemple : «Carey veut faire caca»), mais rapidement, il en arrive à parler au «je». Le défi de toute une vie est évidemment de ne pas être victime d’une enflure du «je», mais ça, c’est une autre histoire.

Et c’est ici que mon rêve prit une tournure surprenante. Alors que ma psy vérifiait la capacité de chacun des joueurs à parler au «je», Marc Bergevin lui confia que la salle d’entraînement de Canadien disposait de miroir sur chacun des murs et que ses joueurs étaient conviés, à chaque début de saison, à passer le test de Lacan, qui valide qu’ils se reconnaissent en tant que sujet unifié dans le miroir. Ce qu’ils ont tous réussi cette année, en faisant des pompes.

Toutefois, Marc expliqua à ma psy que ce qui fait défaut chez Canadien, c’est plutôt son rapport à l’altérité. C’est que, dans le stade du miroir, l’altérité (le parent) joue un rôle important. En effet, il confirme à l’enfant – qui l’interpelle – que c’est bien de lui dont il s’agit dans le miroir. Pour parler comme Lacan, l’enfant jubile de se voir dans la glace, valide ensuite auprès de son parent que c’est bien lui qu’il voit, et son parent le confirme dans son identité.

Le problème en ce moment chez Canadien serait donc qu’il ne se sent pas confirmé en tant que sujet unifié dans le regard du partisan, lui qui a trop souvent tendance à invalider son talent en appelant Ron après une défaite pour dire qu’ils jouent comme de la marde sur le power-play.

Bref, écoutez donc Bergevin et soutenez Canadien, quoi qu’il arrive. Moi, je retourne me coucher.