Montréal
21:48 20 juillet 2015 | mise à jour le: 20 juillet 2015 à 21:48 Temps de lecture: 6 minutes

Hockey: Pousser l’analyse sportive encore plus loin

Hockey: Pousser l’analyse sportive encore plus loin
Photo: collaboration spéciale

L’analyse de données est plus présente que jamais dans le monde du hockey. La LNH a même ajouté des statistiques avancées sur son site web la saison dernière.

Une start-up montréalaise, Sportlogiq, veut pousser l’aventure encore plus loin. Son PDG, Craig Buntin, s’est entretenu avec Métro.

Pouvez-vous expliquer ce que fait Sportlogiq pour quelqu’un qui s’y connaît peu en analyse statistique?
Nous utilisons une technologie d’imagerie par ordinateur (computer vision technology), développée à l’Université McGill, pour analyser un match à partir des images normalement disponibles [la présentation des matchs à la télé, les vidéos YouTube, les vidéos personnelles]. Nous captons les mouvements des joueurs 30 fois par seconde pour savoir exactement où ils sont et ce qu’ils font.

Grâce à cela, notre contenu est l’un des plus riches en matière d’analyse statistique. La quantité de données que nous avons, c’est du jamais vu. Nous pouvons analyser les joueurs ainsi que les stratégies qui fonctionnent et celles qui ne fonctionnent pas.

Quelle est la différence entre ce que vous faites et les autres technologies qui permettent de capter les mouvements d’un joueur (comme SportsVU, utilisé dans la NBA)?
Pour utiliser les autres technologies, il faut installer un système de caméras dans les amphithéâtres où installer des puces dans l’équipement. De notre côté, nous utilisons seulement les images normalement disponibles.

En fonctionnant de la sorte, l’objectif n’est pas seulement de travailler au niveau de la LNH, mais aussi dans les niveaux inférieurs, comme les ligues juniors et même au hockey mineur.

Et vous obtenez des données fiables en utilisant des images à la télé, sur YouTube ou à partir de vidéos personnelles?
En effet. Par exemple, les vidéos maison donnent de bons résultats, car les téléphones cellulaires offrent des images en haute définition.

Quel type de données produisez-vous et comment peuvent-elles être utilisées?
Nous avons travaillé avec trois équipes de la LNH avant le repêchage, qui a eu lieu à la fin juin en Floride. Elles avaient ciblé certains espoirs dans chacune des rondes, et nous leur avons offert une analyse sur chacun d’entre eux.

Nous pouvons également utiliser nos données pour montrer aux équipes quelles stratégies fonctionnent et quels joueurs contribuent.

Il est aussi possible d’aider les diffuseurs, et les médias en général, à offrir des présentations visuelles, et à raconter des histoires plus intéressantes. Par exemple, nous pouvons fournir une statistique frappante, comme le nombre de séquences où un joueur a permis à son équipe d’avoir la possession de la rondelle durant une période.

Vous ne pouvez pas donner le nom des équipes de la LNH avec qui vous travaillez en ce moment, mais quel genre de service pouvez-vous leur offrir?
Nous pouvons mesurer les habiletés de chaque joueur et voir comment ils s’améliorent au cours de la saison. Donc, pour une transaction, nous pouvons voir quel joueur contribuera davantage aux succès de l’équipe considérant le style de jeu préconisé par l’entraîneur.

Quel est votre objectif: travailler pour les équipes de la LNH, la ligue ou offrir du contenu aux amateurs?
Un peu tout cela. L’objectif à long terme est de rendre disponible notre expertise à tous les niveaux du sport. Qu’un entraîneur ou un parent puisse filmer un match et qu’il soit ensuite capable d’avoir accès à ces statistiques.

Nous bâtissons une plateforme en ce moment où vont toutes les statistiques pour permettre aux dépisteurs de voir, à tous les niveaux, où les joueurs se situent. Nous voulons que cela révolutionne la façon dont les athlètes sont découverts. Nous allons aussi avoir de l’excellent contenu éditorial dont les diffuseurs, les médias et les fans pourront profiter.

Les équipes de la LNH ont tendance à vouloir garder leurs façons de faire secrètes. Comment conjuguerez-vos cette situation avec votre désir de partager vos données?
Les données brutes seront probablement seulement pour les équipes. Par exemple, une des formations avec qui ont vient de s’entendre fera l’analyse elle-même. Nous lui fournissons les données et elle s’occupe du reste.

Des faits intéressants qui sortent d’un match ou d’une série de matchs, notamment, seront analysés et utilisés pour produire du contenu éditorial disponible à tous.

En ce moment, nous essayons aussi d’évaluer le niveau d’intérêt des diffuseurs pour ces produits.
[M. Buntin ne pouvait pas confirmer si la compagnie avait des ententes avec des chaînes comme Sportsnet, TSN ou RDS, mais a tout de même dit qu’une annonce devrait avoir lieu dans les prochaines semaines.]

Concrètement, pouvez-vous donner des exemples d’analyses de stratégies et de performances de joueurs que votre technologie vous a permis de faire?
Il y a des moments durant la série entre le Canadien de Montréal et les Sénateurs d’Ottawa où on voyait que les relances (stretch passes) des défenseurs montréalais s’amélioraient considérablement d’une période à l’autre. C’est le genre de chose qu’on peut voir. Pour ce qui est des joueurs, nous avons pu constater à quel point Brandon Prust a contribué durant cette série, ce qui ne sautait pas nécessairement aux yeux.

Quel genre de contenu éditorial allez-vous offrir aux amateurs de hockey?
Nous avons déjà produit du contenu. Nous avons d’ailleurs embauché quelqu’un pour s’en occuper [Andrew Berkshire, anciennement du blogue habseyeontheprize.com]. Ce qui a été fait jusqu’à maintenant est déjà très bon, mais quand je regarde ce qui s’en vient, et comment les données seront utilisées, ce sera à couper le souffle. La saison prochaine sera un grand pas en avant en matière d’analyse statistique au hockey.

Ancien patineur artistique

Avant de fonder Sportlogiq avec son partenaire Mehrsan Javan, Craig Buntin était un athlète de pointe.

Il a notamment représenté le Canada aux Jeux olympiques de Turin, en patinage artistique en couple, où il a fini 11e. Pourquoi s’est-il alors tourné vers le hockey? «C’est un plus gros marché, explique-t-il. Le hockey est énorme au Canada. Et comme tous les Canadiens, j’ai grandi en regardant Hockey Night in Canada. La transition était naturelle.»

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