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Laurent Duvernay-Tardif se dit «frais comme une rose»

Photo: Josie Desmarais/Métro

Laurent Duvernay-Tardif retournera bientôt à Kansas City pour retrouver les Chiefs, son équipe de la NFL. En attendant, il s’entraîne, il étudie la médecine et il parfait ses connaissances sur l’art contemporain. Juste ça!

Vous avez été nommé parmi les 50 Québécois qui créent l’extraordinaire en 2016 par Urbania. Même si vous faites carrière aux États-Unis, vous faites mentir le vieil adage selon lequel nul n’est prophète en son pays.
J’aime avoir du succès aux États-Unis, mais je suis un produit québécois. Je suis fier de venir de Montréal. Je suis heureux de voir que mon sport a assez de portée pour se rendre au nord de la frontière. Ça me fait chaud au cœur d’avoir autant de soutien.

J’aime me promener en ville et voir des gens porter des vêtements à l’effigie des Chiefs. Peut-être que je n’y portais pas attention avant, mais j’ai l’impression qu’il y en a un peu plus que par le passé.

Les premières activités d’équipe (Organized team activities) sont commencées dans la NFL. Allez-vous rejoindre les Chiefs bientôt?
J’ai une entente avec le coach [Andy] Reid. Je peux me présenter pour la phase 2, qui commence le lundi 2 mai. Mon entraîneur croit en mes études. Ma rotation à l’urgence se termine vendredi prochain. Je vais partir tout de suite après. Je dois avouer que je suis impatient d’y retourner.

Vous avez raté le dernier match de séries des Chiefs (défaite contre les Patriots de la Nouvelle-Angleterre) à cause d’une commotion cérébrale. Êtes-vous rétabli à 100 %?
Oui, ça va super bien. Deux jours après m’être blessé, je me sentais bien, mais je suis entré dans le protocole de commotion de la NFL, qui est là pour protéger les joueurs. Comme nous jouions le samedi contre les Pats, j’ai eu une journée de moins pour me remettre et je n’ai pas pu y prendre part.

C’est difficile de rester à la maison. Toute la semaine, le coach Reid m’avait dit que j’allais jouer si je recevais le feu vert des médecins, donc ç’a été un choc de devoir rester à Kansas City et de regarder le match à la télé.

Vous étudiez en médecine. Vous connaissez les dangers des commotions cérébrales. Est-ce que vous vous êtes fixé une limite de blessures que vous êtes prêt à subir avant de prendre votre retraite?
Je vais réévaluer mon état chaque fois qu’il m’arrivera quelque chose et me demander si ça vaut encore la peine de jouer. La bonne nouvelle pour moi, c’est que le niveau de contacts et de jeu auquel j’ai fait face durant ma carrière universitaire (à McGill) a été beaucoup plus bas que ce que vivent les gars aux États-Unis. Je suis arrivé dans la NFL frais comme une rose. Je n’avais jamais eu de blessures sérieuses, jamais de commotion.

L’autre bonne nouvelle, c’est que les symptômes de ma commotion, même si on ne peut pas ignorer les dangers, n’ont duré que deux jours. Je n’ai pas eu de séquelle ni de vomissements et je n’ai pas perdu connaissance. De plus, j’ai passé quatre mois sans contact après l’avoir subie. Ce sont tous des facteurs qui font en sorte que je vais continuer à jouer.

Plusieurs experts avancent que les Chiefs auraient des besoins à combler à votre position (garde au sein de la ligne offensive) durant le repêchage, qui aura lieu du 28 au 30 avril à Chicago. Est-ce que la perspective de voir arriver un joueur repêché assez haut à votre position vous inquiète?
Peu importe s’ils repêchent ou s’ils embauchent des gars, au début du camp d’entraînement, le 28 juillet, il y aura 15 gars capables de jouer au sein de la ligne offensive. Je vais devoir me tailler une place.

Dès le moment où tu commences à jouer dans la NFL, on te fait sentir que tu es là seulement parce qu’ils n’ont pas trouvé quelqu’un de meilleur pour te remplacer. C’est la business.

D’un autre côté, quand tu es compétitif, c’est ce qui te pousse à travailler plus fort.

Vous avez mal entamé la saison 2015 (fiche de 1-5) avant de remporter vos 10 dernières rencontres. Comment expliquez-vous ce revirement?
Je pense que le secret, c’était à quel point nous étions proches, dans l’équipe. Parfois, quand une équipe va mal, il y a de la bisbille entre les joueurs. On ne voit jamais ça avec les Chiefs à cause de la mentalité du coach Reid. Nous avons commencé la saison en tant qu’équipe et nous avons fini en tant que famille.

Sur le plan personnel, je n’étais pas le même joueur après avoir été laissé sur le banc pendant trois matchs. J’ai regardé mes vidéos, j’ai peaufiné ma technique et quand je suis revenu, je jouais de façon beaucoup plus décontractée. J’étais davantage capable de lire les jeux.

Qu’est-ce que cette fin de saison impressionnante et une victoire dominante en séries (30-0 contre les Texans de Houston) avant que les Chiefs soient éliminés laissent présager pour 2016?
Nous avons un bon noyau, une bonne équipe qui se tient. Et nous avons vraiment beaucoup de profondeur. Ça me donne des frissons juste d’y penser. Je pense que nous allons avoir une bonne équipe.

Vous continuez vos études en médecine. Comment réussissez-vous à conjuguer cela avec le football?
Je ne prends pas une pause totale durant la saison, car une fois que celle-ci est terminée, je n’ai qu’une semaine pour me remettre dans le bain, et ensuite je recommence à travailler sur les étages. Je n’en suis pas encore à prendre les décisions définitives, mais j’ai quand même des patients à ma charge. Je dois m’assurer que les choses soient faites. On doit connaître la pathophysiologie, les diagnostics, les différentiels, les approches. J’essaie de lire par moi-même, mais j’avoue que c’est un peu difficile quand je recommence après la campagne.

Pour l’amour de l’art

Laurent Duvernay-Tardif n’est pas le porte-parole de la foire Papier 16, qui commence aujourd’hui au Hangar 16, dans le Vieux-Port de Montréal. Il fait la promotion de l’événement, dédié à l’art contemporain sur papier, simplement par amour de la chose.

D’où vous vient cet amour pour l’art contemporain, et plus précisément pour la foire Papier 16?
Ça fait cinq ans que je vais à cette foire, où toutes les galeries de Montréal, de Toronto et d’ailleurs au Canada sont présentes. Je trouve ça tellement humain! Un musée peut parfois être intimidant. Tu vois des toiles, mais tu ne te fais pas nécessairement expliquer le contexte. Tandis que dans une foire, il y a plein de kiosques avec des galeristes qui sont des spécialistes de la vulgarisation de l’art. Ils expliquent aux gens la démarche des artistes, ce qui change la dynamique. C’est presque un milieu d’enseignement.

Êtes-vous un collectionneur?
J’ai commencé il y a cinq ans. C’est quelque chose qui a toujours été présent dans ma famille. Ma collection ne reflète pas mon nouvel emploi en termes de grandeur, mais je suis fier des œuvres que j’ai acquises.

Ce sont des choses que j’ai achetées avec des prêts étudiants, une collection que j’ai bâtie avec ma copine. Chaque œuvre représente quelque chose de particulier pour nous.

La pire des choses qu’on puisse faire, c’est acheter juste pour acheter, voir l’œuvre comme un investissement. Il faut acheter avec son cœur et avec sa passion, croire en la démarche d’un artiste.

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