Chine: des fermiers démunis face à la sécheresse

Jordan Pouille - Metro World News en Chine

Une grave sécheresse menace la production hivernale de blé en Chine. Le problème aggrave grandement la crise des prix des aliments. Métro est allé à la rencontre de fermiers dans la province de Shandong, deuxième plus importante productrice de blé du pays.

Devant un attroupement de journalistes et de photographes, le premier ministre chinois Wen Jiabao a récemment célébré la nouvelle année avec des fermiers, devant un repas de raviolis tout blé. Peu après, la neige s’est mise à tomber sur les champs de Shandong, un cadeau du ciel après une longue période sans précipitation.

Mais cette neige n’a pas duré et n’a pas vraiment aidé les fermiers de Sishui, une communauté de la province, à 600 km au sud de Beijing. «À cause de la sécheresse, même s’il pleut demain, la moitié de ma récolte sera compromise, explique Kong Bing. À Shandong, une des plus importantes provinces productrices de blé, seulement 12 millimètres de pluie sont tombés depuis six mois. Ici, les fermiers obtiennent 400 yuans (60 $) par mu cultivé (un mu représente environ un quinzième d’hectare). Chaque membre de la famille a un mu.

Cultiver du blé n’est donc pas suffisant pour gagner sa vie. «J’ai plusieurs autres emplois, révèle Kong Bing. Je transporte des gens de village en village sur ma moto. Je peux aussi aiguiser des couteaux et d’autres outils.»

Kong Bing croit que la sécheresse est une affaire de malchance, mais elle affecte pourtant sept autres provinces qui produisent 80 % du blé hivernal en Chine. Plus tôt ce mois-ci, les Nations unies ont levé le drapeau rouge. L’organisation s’inquiète de l’impact qu’aura cette sécheresse. La Chine a pris des mesures drastiques : 6,7 milliards de yuans (1 G$) pour détourner certaines rivières et creuser davantage de puits. Mais la réponse de Beijing est-elle arrivée trop tard?

À Fuzidong, un village tout près de la caverne de Kun Ling, la situation est aussi critique. Selon l’histoire, c’est à cet endroit que Confucius serait né il y a 2 500 ans. Les fermiers s’y rendent pour  brûler de l’encens et réciter des prières afin que leurs enfants puissent aller l’université et éviter une vie de misère. Kong Deky nous conduit à ses champs, des terres sèches et poussiéreuses.

La pluie ne tombe pas ici non plus. Et il n’y a pas de puits. Un large canal a été construit pour amener l’eau depuis un réservoir, mais le réservoir est à sec. «Je suis très inquiet, indique le fermier. Si ma récolte est mauvaise, je vais devoir me rendre en ville pour travailler sur un chantier ou dans une usine.» Son fils de 29 ans, lui, a déjà quitté les champs. Il travaille dans une des usines de ciment de la province de Shandong qui change peu à peu de visage. 

Sept kilomètres plus loin, dans le village de Zhong Xin, des fermiers arrosent leurs terres, trois mois à l’avance. «Nous avons quatre puits ici, mais deux sont déjà à sec», indique Kong Xing Xi, en déroulant un boyau pour irriguer son champ.

Kong Xing Xi croit qu’il a déjà perdu le tiers de sa récolte et il se demande comment il arrivera à irriguer ses terres au printemps si les réserves d’eau sont vidées. À Zhong Xin, les villageois ne portent plus attention à ces bannières rouges et blanches qui indiquent : «Travaillons ensemble pour une Chine plus verte.»

Malgré ses liens avec Confucius, la province de Shandong devient elle aussi de plus en plus industrialisée et de plus en plus urbaine. Le village de Long Wan Tao en est un excellent exemple. L’an dernier, on y a construit des résidences «vertes» pour loger les travailleurs des usines avoisinantes et on y a aménagé un étang avec l’eau qui servait jadis à l’irrigation des terres.

«Nous ne pouvons plus utiliser l’eau des rivières, explique un fermier. L’État nous a dit qu’on devait se contenter de l’eau de pluie ou quitter nos terres.» L’eau du fleuve est de toute façon grandement utilisée par une usine de papier de la région. Les fermiers manifestent peu, craignant des représailles du gouvernement. «En Chine, on tire toujours sur le premier oiseau qui quitte la forêt», image un fermier…

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