20:41 18 avril 2011 | mise à jour le: 18 avril 2011 à 20:41 temps de lecture: 7 minutes

Les jeunes diplômées passent sous le bistouri en Chine

«Devenez un pa­pillon harmonieux pour seulement 800 yuans [121 $]» : quand les étudiants de l’Université des communications de Beijing quittent leur dortoir chaque matin, c’est ce message qu’ils lisent sur le pas de leur porte. Dans tout le campus, des babillards sont placardés de publicités aux couleurs criardes qui vantent les bienfaits des chirurgies des seins, du nez et des paupières.

Jusqu’à la fin des années 1980, la chirurgie plastique était interdite en Chine. Mais depuis deux ans, le pays est devenu le troisième au mon­de au chapitre du nombre de chirurgies qui y sont pratiquées, juste derrière le Brésil et les États-Unis. La plupart des utilisatrices sont des femmes dans la vingtaine, qui recourent au bistouri pour avoir un visage parfaitement rond, des seins plus gros ou pour se faire débrider le yeux. Elles ne veulent pas seulement être plus jolies – elles pensent que la chirurgie les aide à trouver du travail sur le marché hyper concurrentiel des cols blancs.

«Ce n’est pas juste une question de diplômes et de motivation. Vous vous devez d’être particulièrement séduisante», explique Grace Wang, une étudiante en droit de 22 ans, qui croit que son nez peut être un écueil à sa carrière. Quand elle navigue sur Zhaopin.com, un des sites  de recherche d’emploi les plus importants en Chine, elle est stupéfaite de voir que les postes de bureau requièrent non seulement des compétences mais aussi des «aptitudes physiques». Par exemple, l’annonce d’un poste d’avocat d’affaires à Shanghai spécifie que les candidates doivent mesurer au moins 1 mètre 70 (5 pi 7 po) et avoir un visage séduisant. «Je connais même des étudiantes qui mentionnent la taille de leur poitrine dans leur CV», dit Grace Wang.

Et il ne faut pas compter sur l’État pour interdire ces pratiques. À Chengdu, la capitale du Sichuan, le gouvernement local a embauché des policières en se basant sur leur apparence. À Beijing, l’Université des affaires étrangères de Chine, la principale pépinière des diplomates de l’Empire du Milieu, est entourée de nombreux «salons de beauté». On y trouve des faux ongles, des maquillages permanents – mais aussi, souvent, des arrière-salles sordides de chirurgie esthétique. Pour attirer les étudiants, les prix sont bas, mais le personnel est épuisé, et l’hygiène, déplorable.

«Nous employons de vrais chirurgiens de l’hôpital local de Chaoyang. Ils viennent le soir ou les week-ends pour arrondir leurs fins de mois», explique le gérant peu scrupuleux d’un de ces salons de beauté. La pratique de la chirurgie esthétique, bien que florissante en Chine, n’est pas sans risque.

Le combat de Momo pour la confiance
Comme des milliers de jeunes femmes, Momo, une employée de bureau de 27 ans de Xi’an, dans la Chine centrale, s’est fait opérer après des remar­ques sévères de son patron. «Il m’a dit que mes yeux n’étaient pas assez harmonieux pour les consommateurs. Cela m’a blessée profondément et j’ai compris que je devais agir vite pour ne pas perdre mon travail.»

Elle s’est précipitée au service de chirurgie plastique de l’hôpital municipal. Elle a été mise en confiance par l’expérience du chirurgien. Malheureusement, il a raté l’opération. Momo s’est retrouvée avec un regard méchant et autoritaire. «J’ai perdu confiance en moi et je ne suis jamais retournée au bureau.»  Elle reste maintenant à la maison, mais se bat sur l’internet.

«J’ai créé un forum de discussion sur QQ [un réseau social chinois], comptant 40 000 parti­cipantes qui échangent conseils et expériences, mais aussi des avocats qui donnent des conseils légaux. Je suis tellement en colère d’avoir signé un document affirmant que je ne poursuivrais jamais mon chirurgien quel que soit le résultat de l’opération. Maintenant, je suis condamnée.»

Peut-être pas. Dans quelques mois, son mari va lui payer une opération correctrice en Corée du Sud, où elle retrouvera, avec un peu de chance, sa confiance en elle.  Jordan Pouille

La Dre Shi veut assainir le secteur
La Dre Shi Sanba gère une prospère clinique de beauté haut de gamme à Beijing et a déjà subi plus de 60 opérations. Elle dispose toujours ses publicités dans les taxis ou les toilettes pour femmes des centres commerciaux quelques mois avant les remises de diplôme, quand les jeunes diplômées commencent à chercher un travail. «Quand les étudiantes voient mes publicités, elles osent appeler.» Les tarifs de Mme Shi sont plus élevés que dans n’importe quel établissement public ou clinique illégale, mais elle mise sur la qualité et la sécurité.

En effet, après la visite des salles d’opéra­tion au matériel dernier cri, les patients sont introduits dans une chambre VIP où un psychologue évalue leur réel besoin de chirurgie esthétique. «Si la patiente est prête et détendue par rapport à l’opération, elle sera opérée deux jours plus tard… Cela lui laisse le temps d’y réfléchir», explique la Dre Shi. Toutefois, comme n’importe quelle entreprise en Chine, les employés de la clinique Shisanba sont rémunérés seulement à la commis­sion. Plus ils opèrent, mieux ils sont payés. 

La chirurgie plastique a un prix
Par Xiaoliang Hunag

  • En 2009, il y avait 200 000 professionnels et assistants techniques qui travaillaient dans les quelque 50 000 cliniques et instituts de chirurgie esthétique de Chine, selon le rapport de l’Association chinoise de chirurgie plastique et d’esthétique.

  • Le ministère chinois de la Santé note que le secteur de la chirurgie esthétique représente plus de 2,26 G$ par année et croît de 20 % par an.

  • Près de 3 millions de personnes ont recours à la chirurgie plastique par an.

  • Les hôpitaux locaux de Beijing disent qu’une correction des paupières ou du nez coûte entre 300 et 456 $, et une augmentation mammaire entre 1 370 et 3 000 $. Pour une opération de la mâchoire, qui est plus complexe et comporte des risques plus importants, le coût peut aller jusqu’à 7 610 $.

  • En janvier 2011, le ministère chinois de la Santé a lancé une évaluation nationale du secteur de la chirurgie plastique à la suite du décès d’une chanteuse pendant une opération. Wang Bei, une gagnante de 24 ans du concours Star Académie local, est morte en novembre 2010 durant une opération esthétique à Wuhan, la capitale de la province de Hubei. L’enquête a montré que le chirurgien n’avait pas toutes les qualifications requises.

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Commentaires 1

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  • Chicoine Melissa

    A til des chirurgie pour les cuisses en chine?