Les filous de la finance
Toutes les granÂdes banques ont en une. La section «Delta One» est chargée de «faire du chiffre» avec des produits dérivés si complexes que seuls des as en mathématiques et en algorithmes y travaillent. Kweku Adoboli était un de ceux-là. Au service de l’UBS (Union des banques suisses), il est soupçonné d’être l’auteur d’une fraude de plus de 2 G$. Arrêté la semaine dernière, le courtier malhonnête est-il un pur produit de la culture du risque qui règne au sein des marchés financiers?
Dans Confessions d’un banquier pourri, «Crésus», l’auteur anonyme du livre publié en France il y a deux ans, plongeait le lecteur dans le monde de la finance internationale avec ses investissements hasardeux et ses «rogue traders» (courtiers voyous) obsédés de faire gagner le plus d’argent possible à leur banque pour en empocher eux-mêmes davantage.
Adoboli, un immigré africain basé à Londres, n’est bien sûr pas le premier à avoir été pris la main dans le sac. En 2008, Jérôme Kerviel avait fait perdre plus de 6 G$ à sa banque française, la Société générale. En 1995, Nick Leeson avait précipité la banqueroute de Barings, la plus ancienne institution d’affaires britannique. Le Japonais Yasuo Hamanaka et l’Américain John Rusnak sont aussi connus pour avoir fait perdre des sommes astronomiques à leurs banques.
Ils s’en sont tous sortis à bon compte : cinq à six ans de prison, tout au plus. Au départ, ces «moutons noirs» ont suivi les directives de leurs patrons : prendre davantage de risques afin de générer de plus grands bénéfices aux actionnaires de leurs institutions. Ils ont fini par déraper et ont décidé de s’en mettre eux aussi plein les poches.
Kweku Adoboli et cie auraient-ils pu être pris au collet plus tôt? Difficile, malgré des systèmes de sécurité sophistiqués, car ils savent parfaitement dissimuler leurs méfaits. S’ils finissent par se faire prendre, c’est à cause des sommes astronomiques détournées, mais qu’en est-il des «petits» courtiers escrocs qui, eux, ramassent leurs mises à coups de clics dans les banques «casinos», sans faire les manchettes?
La fraude d’Adoboli entaÂche une fois de plus le système bancaire qui a plongé l’économie mondialisée dans la grande récession il y a trois ans. Plusieurs des grandes banques, dont l’UBS, ont failli couler à cause des surprimes (prêts hypothécaires à risÂques). Elles ont été sauvées grâce à l’argent des contribuables. Leur dette auprès de leurs clients est énorme. Elles ne devraient pas l’oublier.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.