Coupe du monde de rugby: de belles batailles à l'horizon

(Durant la Coupe du monde de rugby, qui se tient du
9 septembre au 23 octobre en Nouvelle-Zélande, j’invite de façon régulière mon
collègue Lionel Martin à venir discuter avec moi de tout ce qui se passe dans
le merveilleux univers de ce sport aussi spectaculaire que brutal.)

Les équipes ont déjà trois ou quatre matchs de disputés à la Coupe du monde de rugby. Les favoris sont clairement sortis du lot, mais il reste encore plusieurs belles bagarres pour la deuxième place dans plusieurs groupes. Discutons donc de ce qui nous attend dans les prochains jours en Nouvelle-Zélande avec notre spécialiste, Lionel Martin.

Mathieu : à moins d’une catastrophe, la Nouvelle-Zélande, l’Angleterre, l’Irlande et l’Afrique du Sud finiront en tête de leur groupe respectif. Il reste toutefois de belles courses pour la deuxième position. Quelles équipes, qui sont présentement à égalité au deuxième rang dans leur poule, ont le plus de chance de se qualifier?

Lionel :
Les All Blacks sont pour l’instant la seule équipe mathématiquement qualifiée avec 15 points en trois matchs et certaine de terminer première de son groupe. Dans le même groupe A, la France (10 points) est aussi quasiment qualifiée : seule une lourde défaite en encaissant quatre essais contre les Tonga (5 points) l’éliminerait si elle ne marque pas un point de bonus défensif (moins de 7 points d’écarts) ou offensif (4 essais inscrits)! Bien sûr, mathématiquement, le Canada (6 points) – qui a fait aujourd’hui un courageux match nul contre le Japon – pourrait doubler la France et les Tonga si la France perd et que le Canada réussit à battre les All Blacks en inscrivant quatre essais… Autant dire que le classement du groupe est connu, la Nouvelle-Zélande et la France vont passer.

Dans les autres groupes, il y a clairement un course à trois pour deux places. Un point important du règlement du tournoi pour bien comprendre les enjeux des matchs de fin de semaine prochaine : en cas d’égalité de points, deux équipes sont départagées par le résultat du match qui les a opposées [une victoire vaut 4 points, un nul, 2, une défaite, 0,  quatre essais comptés, 1, et une défaite de 7 points ou moins, 1].

Dans la poule B, la victoire à l’arraché (13-12) des Argentins contre les Écossais a relancé la course à la qualification. L’Angleterre (14 points) est en tête, mais affronte l’Écosse (10 points). Le vainqueur du match devrait poursuivre sa route, c’est le match à suivre en fin de semaine (samedi 3 h 30). L’Angleterre peut tout de même se permettre un nul ou une défaite à condition de marquer un point de bonus sans que l’Écosse en inscrive un. L’Argentine (10 points) aura la tâche plus facile avec un match contre la Géorgie largement à sa portée.

Dans la poule C, l’Australie (10 points) va assurer sans problème sa qualification face à la Russie déjà éliminée. Dans l’autre match, la qualification se joue entre l’Italie (10 points) et l’Irlande (13 points). Les Irlandais, qui a réussi l’exploit de battre l’Australie, ne doivent pas faiblir contre les Italiens qui sont capables de grandes choses, comme le montre leur victoire contre la France lors du tournoi des six nations en 2011.

Dans la poule D, le Pays de Galles (10 points) est en bonne position pour se qualifier et affrontent les Fidji qui sont éliminés après leur défaite du week-end contre les Samoa. Par contre, ces derniers (10 points) rêvent d’un exploit contre l’Afrique du Sud (14 points) pour se faufiler en quarts de finale. Pour cela, ils doivent l’emporter et empêcher leur adversaire de marquer un point de bonus.

Mathieu : Dans le même ordre d’idées, quelles équipes causeraient vraiment la surprise si elles se faufilaient dans la ronde suivante (je pense surtout à l’Italie ici)?

Lionel : c’est le moment pour moi de me mouiller. Dans le groupe B, j’aimerais croire que les Écossais peuvent battre les Anglais et les éliminer… mais cela serait vraiment une surprise de taille si la meilleure équipe européenne était éliminée!

Dans le groupe C, l’Irlande ne peut pas vraiment gâcher sa victoire contre l’Australie en concédant la victoire aux Italiens… qui font de gros progrès, mais ils sont toujours un peu trop brouillons pour créer la surprise. Enfin, la Squadra Azura est capable de tout. Donc, peut-être!

Dans le groupe D, les Samoa devront dompter les Springboks, ce qui semble impossible. Je ne prévois donc pas de surprises, mais je vais regarder ces trois matchs – Écosse c. Angleterre, Samoa c. Afrique du Sud et Italie c. Irlande –avec un grand intérêt en fin de semaine, car ce sont de véritables huitième de finale!

Mathieu : maintenant, je voudrais avoir encore quelques petites précisions sur le jeu au pied au rugby. Si je comprends bien, la seule façon d’envoyer le ballon vers l’avant est de le frapper avec le pied.  Quand le ballon roule, est-ce qu’un joueur peut le botter ou doit-il le ramasser avant de le jouer au pied? Ensuite, est-ce que les équipes ont des jeux préparés qui impliquent des passes faites au pied?

Lionel : en fait, en réception d’un botté les joueurs essaient toujours de contrôler le ballon à la main pour s’organiser et relancer dans une attaque propre, dégager son camp en bottant à leur tour ou créer un regroupement. Rien n’empêche de jouer directement au pied, mais c’est très risqué de taper dans un ballon ovale qu’on ne contrôle pas.

Oui, il y a des actions qui impliquent des passes au pied, c’est un excellent moyen de faire des longues passes sur la largeur du terrain rapidement, mais le risque accru d’interception limite son utilisation. Il ne faut pas non plus oublier que seuls les joueurs derrière le botteur ont le droit de jouer le ballon à la réception – autrement ils sont hors-jeu. L’autre avantage de la passe au pied est de jouer dans le dos des défenseurs qui montent en ligne lors d’une attaque à la main, c’est un moyen de dynamiser le jeu, mais il faut une bonne coordination, car si le ballon touche le sol, sa trajectoire devient très aléatoire avec des rebonds erratiques.

Mathieu : en regardant le match entre le Canada et le Japon, j’ai remarqué que l’équipe japonaise comptait sur les services de plusieurs joueurs étrangers. Quelles sont les règles pour qu’un joueur né à l’extérieur d’un pays puisse s’ajouter à cette sélection nationale. Est-ce que plusieurs pays recrutent leurs joueurs à l’étranger?

Lionel :
c’est une tendance du rugby actuel qui se mondialise. Un joueur qui n’a pas joué pour son équipe nationale et qui joue dans un championnat étranger peut prendre le maillot de son pays d’accueil après trois années de résidence dans le pays. Les exemples sont de plus en plus nombreux. Des Argentins jouent pour l’Italie, la Nouvelle-Zélande intègre des Tongans, des Samoans ou des Fidjiens. Le Japon, qui organise la Coupe du monde de rugby en 2019, veut construire une équipe à la hauteur de l’événement. Le pays  recrute donc des joueurs en Nouvelle-Zélande et dans le Pacifique pour créer une émulation dans son championnat national et en élever le niveau. Même des nations historiques comme la France, ont fait jouer un Sud-Africain et un Néo-Zélandais dans ses rangs. Pour certains Néo-Zélandais, qui ne sont pas retenus par les All Blacks car la concurrence est trop forte, c’est aussi un moyen de finalement participer à des compétitions internationales… Un deal gagnant-gagnant donc qui est souvent critiqué et l’IRB adapte régulièrement les règles pour éviter trop d’abus de «fausses nationalités».

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