Bouchons les puits

Hier à l’épicerie j’allais paisiblement, faisant ce que je fais de mieux : bloquer l’allée. Oui, je suis le tata dans lune qui met son chariot en diagonale et qui fixe les soupes jusqu’à tant qu’elles bouillent. Dans mon hésitation entre Poulet et Nouilles ou Nouilles et Poulet, je suis tombé solidement dans la lune. Voici en gros le contenu de mon voyage céleste.

Je me disais que c’était quand même particulier la quantité de «fausse» bouffe dans une épicerie. Fausse bouffe étant tout ce qu’on trouve déjà cuit, séché, salé, en conserve, en boîte, en sac. Bref, tout ce qui se trouve au centre de l’épicerie, et dans la plupart des congélateurs. La vraie bouffe est en pénitence dans le coin. Dans le coin des fruits, des légumes, de la viande. Pourquoi en pénitence? C’est simple, elle nous fait perdre notre temps. Et qu’il est précieux, notre temps!

Toujours dans la lune, encaissant les coups de chariot d’une dame d’un âge certain, je me suis mis à penser à un ami. Cet ami travaille avec un organisme qui fait du développement scolaire à Haïti. Il m’a raconté qu’un jour, ils sont allés dans un village où les femmes devaient marcher deux heures par jour pour aller chercher de l’eau. De bonne foi, ils ont creusé un puits pour éviter à ces pauvres femmes cet aller-retour pénible. Un an plus, ils sont retournés au même village. Voici ce qu’ils ont vu.

À leur grande surprise, le puits était bouché, fermé. Quand ils ont demandé aux femmes pourquoi le puits était bouché, elles ont répondu : «Avec le puits dans le village, on faisait juste travailler. Aller chercher l’eau, c’était notre pause de la journée. On marchait pendant deux heures, on parlait, on chantait.»

Bravo mesdames! Vous autres, vous n’êtes pas dans lune! Nous, nos puits, ils sont bien présents. Ils sont au centre de nos épiceries. Des puits qui ne font que nous donner plus de temps pour travailler, pour acheter des bébelles. Prendre le temps d’acheter de la vraie bouffe, de la faire, c’est aller chercher de l’eau, c’est se parler, c’est chanter. Bref, c’est tout ce que je ne fais pas. «OK, OK, madame, je bouge. Attendez! Vous devez avoir ça, vous, une recette de soupe?»

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.