Barry Levinson, réalisateur d’un film d’horreur écolo
Le réalisateur oscarisé Barry Levinson, à qui on doit notamment Rain Man, a tourné le Paranormal Activity des films environnementaux. Préparez-vous à trembler en regardant The Bay.
Le 4 juillet 2009, de minuscules créatures surgissent des eaux de la baie de Chesapeake, près de Washington, D.C., et tuent de façon horrible des innocents. Une histoire vraie?
Non, mais le film The Bay présente la chose comme si ça l’était. Tournée dans le style «séquences retrouvées» – à la manière de Blair Witch Project et de Paranormal Activity –, cette histoire recèle un message environnemental : nos eaux sont toxiques.
Nous en avons rencontré le maître d’œuvre, le réalisateur Barry Levinson.
Il peut paraître curieux qu’un réalisateur oscarisé recoure au procédé de la «séquence retrouvée». Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce choix?
Eh bien, je n’aurais jamais pensé faire un film de ce genre. Ça s’est fait graduellement. J’ai été approché par des gens du Maryland pour réaliser un documentaire sur la baie de Chesapeake, qui est à 40 % une zone morte. J’ai fait des recherches et j’ai découvert que PBS avait fait un excellent documentaire sur le sujet. Malheureusement, personne n’a réagi ni fait quoi que ce soit pour sauver cet estuaire – le plus grand des États-Unis –, dont 40 % est une zone morte et où on trouve une sorte de soupe toxique.
Puis, quelques semaines plus tard, je me suis dit que, si je prenais les faits pour les intégrer à un récit et que je créais des personnages, ces faits deviendraient peut-être plus effrayants pour nous.
L’idée, avec ce film, n’est-elle pas en quelque sorte de dissimuler un médicament dans le dessert de quelqu’un pour qu’il l’avale à son insu?
L’information est essentielle au récit. Les deux finissent par devenir une seule et même chose. À mon avis, ça ajoute à l’expérience parce que ça rend le récit plus crédible.
Quels sont les éléments du film inspirés de ces faits?
Eh bien, prenez l’eau potable. Nous savons que les systèmes de filtration aux États-Unis sont dans l’ensemble cotés D. C’est ce qu’on dit. Ils répondent aux normes de justesse, mais ils y répondent. Nous savons donc que la qualité de notre eau mérite un D moins. Et nous trouvons que c’est suffisant.
Parlez-nous des monstres de votre film…
Ce sont des isopodes; ces crustacés existent réellement. Il n’y en a pas dans la baie de Chesapeake, mais ils sont présents dans l’Atlantique, tout près. Dans la scène où un océanographe en tient un devant la caméra et dit : « Voici un pou du poisson », nous n’avons pas utilisé d’image de synthèse. Il y en avait bien un spécimen sur un poisson que nous avons pris en Caroline du Sud, où nous tournions. Plusieurs choses dans le film ont un point d’ancrage dans la réalité, et je crois que c’est ça qui les rend encore plus effrayantes.
Des efforts sont-ils faits pour corriger la situation dans la baie de Chesapeake?
Les autorités le disent. En ce moment, certaines choses sont accomplies, alors je ne peux pas dire que rien n’est fait. Par contre, on ne fait pas ce qu’on devrait faire. On devrait sentir une certaine urgence! Et c’est faisable; on peut arranger les choses. Il faut seulement savoir si nous avons la volonté de le faire ou non.
Cinéma engagé : le point sur les films écolos
Hollywood fourmille d’activistes qui soutiennent de bonnes causes, en particulier l’environnement. Pourtant, le bilan du cinéma écolo n’est pas sans tache.
Les choses fonctionnent souvent mieux lorsque le message environnemental est inscrit dans le récit, notamment lorsque le film est inspiré de faits réels, comme Erin Brockovich ou le plus récent Big Miracle, sorti l’an dernier, qui raconte les efforts déployés par les habitants d’une ville de l’Alaska pour libérer une famille de baleines. Une fiction peut également puiser son inspiration dans la vraie vie, comme l’a fait Richard Linklater dans Fast Food Nation, un film qui traite des horreurs de McDo.
Hollywood est donc à son meilleur lorsque le message écolo est mêlé à un divertissement grand public, comme dans Avatar, de James Cameron (la production la plus rentable de l’histoire), le film catastrophe The Day After Tomorrow (un immense succès) ou l’adorable Wall-E, de Pixar (qui a réalisé des recettes de 520 M$ dans le monde).
Cette année, le réalisateur Barry Levinson tente de livrer son message dans The Bay, un film d’horreur qui plaira aux amateurs de scènes bien sanglantes. Produit avec un petit budget, il rentrera certainement dans ses frais.
Mais, souvent, rien ne vaut la vérité, et les documentaires écologiques représentent une longue et fière tradition. Parmi les plus célèbres, citons An Inconvenient Truth, de Al Gore, récompensé par un Oscar, et Waste Land, un film brésilien qui suit un artiste dont le travail implique le plus vaste dépotoir de la planète.
Entre-temps, le film de Gus Van Sant Promised Land, qui porte sur le controversé procédé du forage par fracturation hydraulique, sort en salle le mois prochain, à temps pour une nomination aux Oscars. Mais s’agira-t-il d’un hit ou d’un flop?
The Bay
Disponible sur iTunes et à thebay-movie.com