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Gatineau: les joies du karaoké

Marc-André Lemieux - Métro

À l’époque de la sortie de leur premier album éponyme, les gars de Gatineau s’éclataient aux Foufounes électriques. Quatre ans plus tard, ils préfèrent les bars à karaoké. Le duo de francs-tireurs se serait-il assagi? Pas du tout, insistent-ils. «Un karaoké, ça peut virer aussi mental qu’une soirée aux Foufs pétée sur la bière à se garrocher sur les murs. C’est aussi défoulant, affirme Perceval, ancien­nement connu sous le nom de Keük. Si tu vas dans un karaoké avec tes chums pis que tu pars une toune d’Isabelle Boulay, le monde va se mettre à crier. Ce n’est pas parce qu’il y a des graffitis sur les murs, de la musique trash, un dude en bobettes pis du cassage de bouteilles que tu vas lâcher ton fou plus facilement dans une place que dans l’autre.»

Le second effort du duo, judicieusement intitulé Karaoké King, s’inscrit dans cette nouvelle philosophie. Pour un groupe qui, il y a quelques années à peine, s’amusait à verser dans la provocation irrésistiblement crasse sur des rythmes punk rap intimidants, il s’agit d’un virage à 1800. Finies, l’agressivité criarde et les rimes vulgaires à la Dégage! et Pointe All-Dressed. En 2011, Gatineau adopte une approche plus conviviale et rassembleuse. «Les chansons de notre premier disque avaient un côté tellement rébarbatif qu’en spectacle, le monde reculait quand on montait sur scène, raconte Séba. Aujourd’hui, on veut que les gens embarquent dans notre trip. On veut qu’ils chantent avec nous autres en show.»

Pour atteindre son but, le groupe a misé sur les sonorités électro-pop et la simplicité de ses mélodies. «On voyait ça comme un ùù artistique, note Perceval. Quand on se met à écrire, on espère toujours accoucher d’une toune pop qui va plaire au monde entier, mais à cause de notre background et de nos influences musicales, c’est inévitable : ça dévie, et on se ramasse dans le champ gauche. Cela dit, c’est cool qu’on aboutisse là.»

Sans toutefois parler d’autocensure, Gatineau fait preuve de retenue sur les titres de Karaoké King. À titre d’exemple, citons Deurk Diggleur, une ode aux éjaculateurs précoces qui aurait sans doute écorché plusieurs oreilles chastes si la formation avait décidé d’aborder le sujet à ses débuts. Ici, Séba opte pour une poésie beaucoup moins explicite que ce à quoi il nous a habitués : «J’avais l’désir de t’faire plaisir / J’l’ai vu grandir, vu ça partir / Pis rétrécir, ensuite gésir / Ma source si rapidement s’tarir / J’ai explosé sans m’excuser / Sans même m’être un peu exposé / Pendant qu’on était en train d’causer / J’ai pu grand-chose à t’proposer.»

«C’est comme la nudité, dit le rappeur à propos de la réserve qu’il témoigne désormais dans ses textes. Quelqu’un est beaucoup plus sexy quand il garde certains vêtements, quand il ne montre pas tout. C’est plus excitant. Avec ce disque, on suggère des choses à l’auditeur. On ne lui donne pas tout.»

Au karaoké

Nous avons demandé aux gars de Gatineau de révéler la chanson qu’ils aiment le plus chanter dans un bar à karaoké.

  • Séba : «Du Paul Piché des années 1970. Je l’imite à la perfection.»
  • Perceval : «Like A Virgin, de Madonna. Je vénère cette femme. Avec cette toune-là, elle a ouvert une porte sur quelque chose. Elle a changé la face de la musique pop.»


Karaoké King
Présentement en magasin
Lancement mercredi soir à la Taverne Normand

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