Absence de consensus dans la lutte contre l’obésité
Si l’idée d’une taxe sur les boissons sucrées a été évoquée par le gouvernement provincial pour contrer l’obésité, certains s’y opposent vivement. C’est le cas de l’Institut économique de Montréal (IEDM), dont le dernier rapport stipule que la mesure ne diminuera pas le tour de taille des Canadiens. «Dans une société où le consommateur a le dernier mot sur ce qu’il ingère, l’État ne peut imposer des comportements alimentaires à l’aide d’une taxe», affirme Jasmin Guénette, vice-président de l’IEDM qui a participé au cahier de recherche du Dr David Gratzer.
Se basant sur des textes et des recherches effectués au cours de la dernière décennie, les chercheurs de l’IEDM énumèrent des solutions aux problèmes d’obésité : la marche, l’ajout de périodes d’activité physique à l’école ou la formation ciblée des médecins. M. Guénette souligne que 42 % des médecins ne se considèrent pas comme qualifiés pour aider les patients souffrant d’embonpoint, selon un sondage du journal de l’Association médicale canadienne.
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«La sensibilisation a montré ses limites», rétorque Suzie Pellerin, directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids, qui milite en faveur d’une taxe. Celle qui revient du troisième sommet canadien sur l’obésité, qui se tenait à Vancouver, rappelle que le taux d’obésité a triplé au cours des 25 dernières années.
La taxe serait un premier pas pour sensibiliser la population, dont 60 % souffre d’embonpoint. «En instaurant une mesure fiscale, comme il l’a fait avec le tabac, le gouvernement envoie un message clair que la consommation de boissons sucrées est néfaste.»
En mars, le ministre de la Santé du Québec, Réjean Hébert, a évoqué la possibilité de créer une taxe sur les boissons gazeuses sucrées. «Le projet est à l’étude aux finances», indique Ariane Lareau, attachée de presse du ministre.
La taxe ne sera pas utile puisque les gens réduisent déjà leur consommation de boissons gazeuses, réplique Martin-Pierre Pelletier, porte-parole de l’Association des embouteilleurs de boissons gazeuses du Québec (AEBGQ). Selon un calcul effectué à partir de données de Statistique Canada, l’AEBGQ estime que la consommation de boissons gazeuses a reculé de 32 % entre 1999 et 2011.
La guerre des chiffres
Deux organismes qui s’opposent sur la possibilité de taxer les boissons gazeuses ont chacun commandé un sondage auprès de la firme Ipsos. Les réponses varient énormément.
- Sondage pour la Coalition québécoise sur la problématique du poids : 79 % des Québécois sont d’accord avec une redevance payée par les embouteilleurs, dont les revenus seraient investis dans la prévention de l’obésité.
- Sondage pour l’Association des embouteilleurs de boissons gazeuses : 89 % des Québécois estiment que le gouvernement devrait renseigner le public plutôt que le taxer.