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Sally Zohney et les oubliées des révolutions

Photo: Hasan Amin/collaboration spéciale

Sally Zohney s’est battue sur la place Tahrir, le cœur symbolique des récentes révolutions égyptiennes, pour chasser Hosni Moubarak du pouvoir. Depuis, cette militante lutte pour les droits des grandes oubliées des révolutions: les femmes. À Montréal à l’invitation du Conseil du statut de la femme et de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, Sally Zohney a parlé à Métro.

Est-ce que la condition des Égyptiennes s’est améliorée depuis que le régime militaire a pris le pouvoir dans le pays?
Le plus important héritage de la révolution pour les femmes, c’est sans doute de leur avoir donné le goût de prendre une place publique.

Il ne faut cependant pas se leurrer: les femmes souffrent encore de violences, que celles-ci surviennent dans l’intimité domestique ou aux yeux de tous, dans les lieux publics.

Quel est le principal obstacle à l’émancipation des femmes égyptiennes?
C’est une combinaison de plusieurs facteurs, mais c’est principalement un problème d’éducation. La pauvreté fait aussi en sorte que le système patriarcal inculqué à l’école et dans les familles ne changent pas. Et comme le sort des femmes ne fait pas partie des priorités nationales et figure loin derrière la guerre contre le terrorisme, les hommes continuent de s’offusquer à l’idée qu’une femme puisse avoir les mêmes privilèges qu’eux en Égypte.

Les policiers sont-ils indifférents aux sévices subis par les Égyptiennes?
Non seulement il existe des milliers de cas d’agressions sexuelles commises par les policiers, mais si une femme se rend au poste pour rapporter le crime dont elle a été victime, elle est absolument assurée de subir le harcèlement des forces policières. Il existe un vide juridique à combler en Égypte, puisque aucune loi ne définit clairement ce qu’est le harcèlement sexuel. La constitution du pays elle-même ne comporte aucun article condamnant les agressions contre les femmes.

Est-ce qu’il y a de l’espoir pour les femmes égyptiennes?
Pour la première fois dans l’histoire du pays, une femme a été élue il y a peu de temps à la tête d’un parti politique [NDLR: Il s’agit d’Hala Shukrallah, une chrétienne dirigeant le parti libéral Dostour]. Un projet de loi a aussi été déposé pour définir le harcèlement sexuel. Il condamne les gestes, les regards et les mots qui offensent les femmes. Ça traduit le changement de mentalité qui commence à s’opérer en Égypte, et qui veut que la femme, de plus en plus, prenne sa place au sein de la société.

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