Buffet à ciel ouvert dans les ruelles
Cette demande hors du commun a surpris les élus, lors de la séance du conseil d’arrondissement du 4 mars.
« La nourriture est souvent jetée en raison de la date de péremption. Or, meilleur avant ne signifie pas poison après. Ces réservoirs de nourritures sont comme des banques alimentaires ponctuelles. Les déchétariens font le choix personnel de s’y approvisionner. Je veux faire en sorte que personne ne puisse le leur interdire », a-t-il plaidé, lors de la période de questions des citoyens.
Il a demandé à ce que l’administration locale proscrive, sous peine d’amende, l’installation de cadenas sur les conteneurs à déchets.
Abasourdi, le maire de l’arrondissement, Luc Ferrandez, a indiqué que le problème n’est pas les gens qui viennent « prendre » les déchets dans ces structures métalliques, mais plutôt ceux qui viennent en déposer.
« On a un règlement sur la propreté, et on ne veut pas que les bacs débordent à cause de la vermine, etc. Les commerçants se plaignaient que ce n’étaient pas eux qui les remplissaient, mais plutôt les résidents qui venaient y déposer leurs sacs », a-t-il expliqué, soulevant la possibilité de tenir une activité de médiation entre les commerçants visés et les déchétariens.
Les conseillers du district Mile End, Richard Ryan et Alex Norris, ont quant à eux soulevé les questions de propreté et de responsabilité légale qu’entraîne le libre accès aux conteneurs à déchets.
Santé et propreté
Yves Landry est propriétaire de l’épicerie Intermarché Les quatre frères, sur l’avenue du Parc. C’est son commerce que M. Bourassa vise avec sa proposition de règlement.
L’épicier affirme que ses conteneurs sont verrouillés pour des raisons de sécurité et de propreté.
Les aliments propres à la consommation dont la date de péremption est échue, sont distribués à des organismes de bienfaisance du quartier. Quant à ce qui se trouve dans les ordures, je recommande aux gens de ne pas le consommer, insiste-t-il.
Pour illustrer son propos, M. Landry cite en exemple le cas de produits tels que des pots de yogourt. Quand ceux-ci expirent, ils sont retirés des tablettes réfrigérées, puis entreposés dans l’arrière-boutique jusqu’à ce que le fabricant passe en succursale, afin d’offrir au commerçant un crédit pour les unités invendues.
Ce n’est qu’après que lesdits pots sont mis aux ordures. Ainsi, même si l’emballage paraît intact, l’épicier ne peut pas garantir les conditions d’entreposage du produit.
« En tant que commerçant, je dois m’assurer que le produit est intègre, propre et salubre pour mon client », explique-t-il.
Il déplore aussi ce qu’il qualifie « d’indiscipline » des chasseurs de poubelles.
« Ils coupent nos cadenas, mettent de la colle dedans et forcent les conteneurs avec des crowbars. Ils mettent tout à l’envers et garrochent tout à terre, sans ramasser leurs dégâts. Par la suite, c’est nous qui avons des contraventions. »
À savoir si un accord pourrait être conclu avec les « déchétariens consentants», afin de dégager les marchands de toute responsabilité quant à la consommation de produits glanés dans les ordures, M. Landry dit « ne pas vouloir prendre ce risque-là ».