L’oeuf ou la poule ?
Pour la petite histoire, il faut savoir que j’ai servi la messe jusqu’à 13 ans. Même que je me souviens encore avoir consommé de la marijuana un samedi soir et, pris de remords, demandé pardon au p’tit Jésus le dimanche matin. J’ai donc longtemps entretenu un certain respect pour le sacré de la chose… Mais, je détestais Pâques. Je détestais Pâques à cause du chocolat. Comme j’étais “hyperactif”, ma mère ne me permettait pas d’en manger, mais mon frère et ma sœur, eux, avaient le droit ! Dans ma tête d’enfant, je ne pouvais imaginer pire préjudice !
Même si dans ma famille il y a belle lurette que nous ne célébrons plus vraiment la résurrection du Christ, comme la majorité des fêtes religieuses, la tradition se perpétue autour de la table. Passons en revue les différents ingrédients principaux du menu de Pâques afin de mieux comprendre l’idée derrière…
L’agneau
L’agneau symbolise à la fois l’innocence et l’obéissance. On se souvient tous de l’épisode 3 de la deuxième saison de la Bible où Abraham sacrifie le bébé mouton au lieu de son fils, n’est-ce pas ? C’est la même idée pour Pâques, sauf que cette fois-là, c’est Jésus qui y passe. Par respect pour la bête, quant à moi, je l’aurais apprêté en piquant le gigot avec des branches de romarin, en l’assaisonnant de sel et de poivre, puis en l’envoyant au four préchauffé à la température moyenne de l’enfer au printemps, soit 450 F. Au bout de 10 minutes, baisser le four à 350 F et poursuivre la descente environ 1 heure et quart. Retirer du four, couvrir d’un Saint-Suaire en aluminium, laisser reposer environ 20 minutes et servir avant le lundi suivant…
Le lapin
Le lapin, c’est connu, symbolise la fécondité et l’abondance. Ce n’est pas pour rien qu’il est le logo du Playboy… Mais avant d’incarner le vice et la luxure, il représentait le Christ, dont les oreilles sont grandes ouvertes pour entendre la parole de Dieu et lui obéir. Pour bien mater un chaud lapin, on l’enduit de moutarde avant de le déposer dans une lèche frite. On dépose autour des champignons, des gousses d’ail, du vin blanc, de la crème et on assaisonne de sel et de poivre. On recouvre de papier d’aluminium et on envoie au four préchauffé à 375 F pendant environ 1 heure et quart ou jusqu’à ce que la viande se détache facilement de l’os.
L’oeuf
L’oeuf est le symbole de la vie. Avec tout le paradoxe qui vient avec. Or, les oeufs de Pâques ne sont pas pondus par la poule, mais bel et bien par le lapin, expliquant du coup l’origine du monde… On dit aussi que, comme il était interdit de manger des oeufs durant le carême, on se retrouvait avec une surabondance au printemps et que ce serait pour cette raison que l’on donne des oeufs décorés à Pâques.
Le cochon
Servir du cochon à Pâques nous vient plutôt de chez nos conquérants anglo-saxons pour qui l’animal était un symbole de chance. On pense tout de suite au fameux jambon à l’ananas, symbole des dîners de Pâques de notre enfance. Même si dorénavant plusieurs foodies branchés le boudent, pour moi, c’est une recette qui peut ressusciter un repas à l’année. Pour un jambon toupie d’environ 2 kilos, on pique des tranches d’ananas en canne à l’aide de cure-dents pour lui donner un look comme dans le film “Hell Raiser”. On dépose dans un plat allant au four et on verse autour un mélange composé d’une tasse de cassonade, 1 tasse d’eau et 1 cuillère à soupe de moutarde. On envoie au four préchauffé à 350 F pendant environ 1 heure et quart, puis la bête est prête à être tranchée pour nos apôtres de la bonne bouffe.
Et le chocolat dans tout ça ?
Si on compte que les traditions et les symboliques de Pâques prennent leurs racines dans près de 3000 ans d’histoire, on peut dire que ce n’est que tout récemment que le chocolat a fait son entrée dans les célébrations pascales. L’introduction du chocolat, sous toutes ses formes (dont celles des animaux ci-haut mentionnés), est une pure invention commerciale. Comme la majorité des fêtes religieuses, elles ont été infiltrées par le capitalisme agressif et la recherche du profit à tout prix. Jésus n’avait-il pas pourtant chassé les marchands du temple ?
Bien que la célébration de la résurrection de Jésus soit passée au second plan dans bon nombre de foyers qui ne respectaient déjà plus le carême de toute façon, reste que Pâques est une belle occasion de se retrouver en famille et de retourner aux origines païennes de la célébration de la plus belle saison qui soit, le printemps. Amen et bon appétit.