Montréal Apocalyptik
J’accoste donc sur ce qu’on nommait auparavant la Rive-Sud et qui était formée de plusieurs villes, dont entres autres Longueuil, Brossard, Saint-Hubert ou encore La Prairie. Mais quand la métropole commença à fermer ses portes de façon insidieuse aux rivesudiens, ceux-ci ce sont regroupés en une seule et même grande agglomération nommée le DIX30.
Depuis, ils n’ont cessé de prendre de l’expansion, au point où ils ont même devancé la ville de Québec comme deuxième ville en importance au Québec après Montréal. Ils ont même réussi à mettre la main sur un club de hockey pendant que Québec rêve toujours à ses Nordiques.
Bref.
Quand je regarde derrière moi, où aurait dû se trouver Montréal, il ne reste de visible de ma ville natale que le haut de la tour du stade olympique. Il n’en fallait pas plus pour que je me sente dans la séquence finale du film La Planète des Singes. L’original j’entends, avec la statue de la Liberté remplacée par la tour du stade.
Montréal s’était noyée. Elle reposait maintenant au fond de l’eau tel une nouvelle Atlantide. Elle s’est enfoncée, littéralement, sous le poids de ses problèmes.
Rassurez-vous, la vaste majorité de la population avait été déportée quelques semaines plus tôt. Avant que tout parte en vrille. Bon, c’était déjà le chaos depuis quelques 100 jours mais ça ne touchait pas la ville en entier. Seulement certains secteurs névralgiques comme le centre-ville et quelques petits attroupements de quartier quelque peu bruyant.
Donc, les gens avaient été mis sur des bateaux pour être évacués. Tel Alcatraz, Montréal n’était accessible qu’en bateau depuis que Ferrandez avait battu, à la surprise générale, Denis « Twitter » Coderre à la mairie de Montréal, dans ce qui avait été la première élection où le vote électronique était autorisé. On pouvait voter par Facebook et Twitter!
Son premier geste de gouvernance fût d’arrêter la construction de nouveaux ponts ainsi que la réfection des anciens. Pas besoin de vous dire que ce ne fût pas très long avant qu’aucun ne furent fonctionnels. Le tunnel Ville-Marie? Inondé depuis longtemps. Bref, ne restait plus que le bateau pour entrer et sortir de l’île.
Tout avait commencé avec des mauvaises décisions répétées par le gouvernement fédéral. Principalement la loi c-38 qui laissait l’environnement se débrouiller par lui-même et les coupes sauvages à l’Agence de l’inspection des aliments. Ils venaient d’ouvrir la porte à l’empoisonnement de l’air et de la nourriture.
Du jour au lendemain, nous ne pouvions plus avoir confiance en la nourriture qu’on nous vendait. Quant à l’environnement, il se détériorait à vue d’œil. Le pire, c’est qu’on finançait une partie de cette pollution en finançant, entre autres, les gaz de schiste et autres industries polluantes.
De fil en aiguille, les gens furent empoisonnés par l’eau, l’air et la nourriture.
Au début, on avait réussi à soigner plusieurs personnes. Malheureusement, on manqua vite de médecins. C’est que depuis la hausse des frais scolaires de 2012, c’était rendu inaccessible. À temps plein, ça prenait plus de 50 ans avant de rembourser des études universitaires en médecine.
Puis le contrôle fut perdu et les résultats ne furent pas long à se faire voir : démembreur, zombétudiants, cardiologue fou, conducteurs tueurs, polizombies, police et armée citoyenne.
La folie s’était emparée de la population et plus personne n’était responsable de ses gestes. C’était ça le pire, personne n’était plus responsable de rien. Des gestes et des gens de folie que ni les lois ni la justice ne pouvaient empêcher.
Comme il était maintenant trop tard pour sauver le reste de la population. L’armée canadienne fût appelée en renfort. À l’aide de ses F35 elle bombarda tous les bateaux quittant la ville. Montréal avait été mis en quarantaine.
Depuis, je résistais du mieux que je pouvais.
Hier, lorsque la terre trembla, je su instinctivement que c’était la fin. Que Montréal allait plonger. J’ai donc emmagasiné des provisions et je suis parti à la nage, dans l’espoir fou de rejoindre le DIX30 et de confronter le gouvernement dans la non-action qui a menée à cette destruction.
Il était maintenant temps de reprendre mon périple en direction du complexe sportif DIX30, qui abrite non seulement le centre d’entraînement du CH mais également le bureau Ovale qui sert de nouveau Parlement.
En direction pour négocier la sécurité des déportés qui avait été mis dans des réserves, je ne pouvais m’enlever de la tête que nous avion été avertis par un groupe d’anonymes vengeurs mais que personne n’avait écouté.
C’est que depuis que le gouvernement avait redonné à la population son droit de manifester, cette dernière était retournée dans son confort et dans son indifférence et n’avait plus manifesté le désir de manifester.
Mais moi j’avais encore fraîchement en tête les hordes d’étudiants de niveau primaire avoir recours au cannibalisme pour se nourrir car déjà trop endettés qu’ils n’avaient plus d’argent pour se nourrir.
J’avais besoin d’une pause. Mes pieds souffraient des kilomètres que j’avais marchés. Je sors un petit transistor qui me sert de radio. Je syntonise TVA Radio. La voix éternellement enrouée de Pierre Bruneau m’accueille :
« La Ville de Montréal est bel et bien de l’histoire ancienne. Le premier ministre, Monsieur Nadeau-Dubois-De-Boulogne réfute l’accusation du chef de l’opposition Monsieur Bureau-Blouin-Brathwaite, comme quoi il avait demandé à l’armée canadienne d’intervenir. Il prétend plutôt avoir crié haut et fort qu’il ne voulait pas de violence pour tenter de régler la crise qui avait cours à Montréal. Pendant ce temps, la chef du tiers parti Madame Desjardins tentait tant bien que mal de prendre un peu plus de place dans la sphère médiatique. »
J’étais rendu devant la porte du Parlement. Je n’en revenais pas de toutes ces inepties. J’en avais ras-le-bol de faire rire de moi par nos dirigeants. J’allais prendre les choses en main. Si je devais mourir soit, mais j’allais entrer dans leur tour dorée et les confronter.
Ma seule déception si je devais ne pas revenir vivant de ce périple, serait de ne pas assister au premier match de Patrick Roy derrière le banc de la Sainte-Flanelle. Mais bon, la liberté à un prix !
Let’s fight !