Un été chaud
C’est en me penchant sur le phénomène des ilots de chaleur que j’ai compris ces images de mon enfance, au bord de la Méditerranée, où je voyais tous ces gens dans la rue, sur les pas de leur maison, jusque tard dans la nuit, à la recherche d’un peu de fraîcheur. Couché, dans l’obscurité de ma chambre, je les entendais parler et rire tellement fort que je ne parvenais pas à fermer l’oeil. J’étais excité, car j’avais l’impression de faire un mauvais coup à mes parents, les yeux ouverts dans l’obscurité et l’oreille tendue aux éclats de voix.
Bien plus tard, j’ai découvert que l’addition de matériaux minéralisés (asphalte, goudron, etc.) et de haute densité de bâtiments sont des facteurs importants dans la formation des ilots de chaleur. Surtout à Montréal-Nord, où nous souffrons d’un manque de végétation. Dans le Plan stratégique de développement durable*, réalisé pour la Ville de Montréal, on évalue la superficie par habitant des parcs à Montréal-Nord, à 0.4 hectare par habitant, évitant de peu la dernière place occupée par nos voisins de Villeray/Saint-Michel/Parc-Extension, au sud, bon derniers avec 0.3 hectare par habitant. Nous sommes bien loin de nos voisins d’Ahuntsic/Cartierville, à l’ouest, qui comptent 1.7 hectare par habitant ou encore Rivière-des-Prairies/Pointe-aux-Trembles/Montréal-Est, à l’est, avec 2.5.
Les ilots de chaleur provoquent des hausses de température de 10 degrés ou plus dans les logements. La nuit, cela devient insupportable, quand le bâti et le sol restituent l’énergie emmagasinée dans la journée. Quand on n’a pas les moyens de se payer la climatisation, la rue devient un refuge, une source d’air frais.
Mais tous ceux qui ne parviennent pas à dormir ne sont pas des enfants. Il y a aussi des adultes qui la trouvent moins drôle. Il n’en faut pas beaucoup pour que la tension monte entre ceux qui sont incommodés par le chahut et ceux qui s’éternisent sur le trottoir et que cela finisse par des invectives et des injures. Et quand les préjugés et l’intolérance s’en mêlent, on entre vite dans une pente glissante.
Lutter contre les ilots de chaleur en milieu urbain est une question de santé publique, une nécessité absolue. Mais il faudra encore bien plus pour combattre l’intolérance et les préjugés, prêts à s’exprimer à toute occasion.
Patrice Rodriguez
coordination@parole-dexclues.ca
*Diagnostic environnemental de l’île de Montréal – Ville de Montréal – Mars 2004 – page 78