Deux jours dans le Sud… au Dix30!
Notre journaliste a décidé de tester le potentiel touristique du Dix30, le controversé centre commercial de Brossard. Arrivera-t-il à y passer deux journées sans s’ennuyer?
Station Bonaventure, 8h30
«Les passagers de la ligne 35 sont invités à embarquer. La température à destination est de 3ºC. La durée du voyage est d’environ 26 minutes.» Après un trajet sans encombre, nous débarquons au Dix30. Premier geste de vacancier, enfiler son maillot de bain, direction le SkySpa.
«Ici, c’est un spa pour ceux qui veulent découvrir le concept ou s’amuser, alors on ne fait pas de pub dans les magazines zen», lance Mélanie Daigle, porte-parole de l’entreprise. Le spa se distingue aussi par la variété de ses soins corporels qui vont du massage de pierres chaudes à l’enveloppement corporel.
Une fois les pores bien ouverts, on file s’encrasser les artères avec la poutine au confit de canard du Vestibule. Pas mal. Carbernet, espresso, pas le temps de niaiser, on a rendez-vous avec Marc-André Carignan, chroniqueur en design urbain. Thème de la ballade: comment «pimper» le Dix30?
«Au Québec, c’est assez rare pour un centre commercial à ciel ouvert d’avoir des stationnements souterrains et d’avoir voulu créer un quartier commercial à taille humaine avec un parc pour enfants et des places publiques. Les concepteurs semblent d’ailleurs avoir utilisé la même échelle de construction que dans les parcs de Disney», lance le chroniqueur. « Dommage par contre qu’ils n’aient pas fait de même partout sur le site et que les logements aient finalement été installés en périphérie, forçant ainsi l’usage de la voiture», ajoute-t-il.
Heureusement, note Marc-André, les promoteurs ont annoncé vouloir sacrifier certains stationnements extérieurs pour y installer des tours à bureaux, des logements, un parc, en plus de déployer un réseau cyclable. Un projet de densification bienvenu, car les commerces du Dix30 semblaient bien vides pour un vendredi après-midi ensoleillé.
Surf in La Rive-Sud
Après la ballade, petit passage chez Oasis Surf pour tester la vague brossardoise, «la seule réelle vague artificielle intérieure au Canada», selon Alex Le Comte, le gérant. L’endroit est habilement couplé à un restaurant offrant carpaccios de pieuvre et hamburgers de saumon.
Ouvert depuis novembre, il affiche complet les fins de semaine. «Les gens ne veulent plus passer les ponts de Montréal pour pouvoir s’amuser», selon lui. Notre carrière de surfeur aura finalement duré 45 secondes et deux petits essais. Heureusement pour leurs affaires, tout le monde n’a pas la flexibilité d’un poteau d’Hydro-Québec, comme l’auteur de ces lignes!
Après l’effort, le réconfort; direction Niji sushis. Malgré les entrées prometteuses et un service excellent, la qualité des sushis n’est pas au rendez-vous. Trop uniformes en bouche pour 140$ (deux convives, pourboire non compris).
On se tourne ensuite vers l’Étoile Dix30. La salle de 900 places attend l’humoriste P.A. Méthot. La salle est comble. «Les 300 représentations qu’on offre annuellement affichent complet 70% du temps. On a le meilleur taux au Québec et ça fait le bonheur des restaurateurs», affirme Claude Larivée, gestionnaire de L’Étoile Dix30.
De notre côté, on a ri 32 fois avant l’entracte. Un rythme de 2,6 rires à la minute, quatre fois inférieur à la moyenne de la salle. On a tiré les conclusions qui s’imposaient et on est allé se coucher.
L’Hôtel ALT, avec son design moderne, est une belle découverte. À défaut de la serviette torsadée en forme de cœur, un petit mot personnalisé nous attend sur le lit. «Les petits détails glanés auprès de la clientèle peuvent être réutilisés par la suite. Comme ce client régulier à qui l’on a offert un chocolat Cherry Blossom le jour de son anniversaire, comme dans son enfance», indique Simon Gadbois, directeur général de l’établissement.
Le lendemain, on file au centre d’entraînement des Canadiens au Complexe sportif Bell situé à l’extrémité du site. La glace et même le plafond (écran géant non compris) sont identiques au Centre Bell. Même les tarifs prohibitifs y sont appliqués (5,75$ pour un grand latté!). Ça n’empêche pas 300 personnes de se masser autour de la glace et d’admirer les qualités techniques de leurs favoris.
Après la période du gars, c’est la période de la fille. En route pour le magasinage! Avant, on s’arrête casser la croûte chez Avril, un supermarché écolo bien garni. Croustilles de lentilles, sirop de riz brun, plumeau d’autruche, spaghettis aux haricots noirs biologiques, bref de quoi faire pâlir d’envie un «plateaupithèque».
Après la séance de magasinage (enfin des commerces avec de vraies promotions), on file vers le Jack Saloon, où on a rendez-vous avec le sociologue Vincent Paris afin de tester l’application du concept de meute. Les gros biceps et les «poumons boostés» sont au rendez-vous. La meute version Dix30, comporte généralement de 4 et à 8 individus, les loups solitaires ou les couples sont plutôt rares.
«Comme chez les loups, chaque meute humaine délimite son territoire. Cependant, comme uriner n’est pas une option, divers accessoires tels qu’un foulard ou un verre sont utilisés», note le sociologue, qui s’amuse aussi à observer les interactions entre meutes et les rituels d’évitements et de réparation quand la bulle personnelle d’un membre de la meute (30cm dans ce cas) est crevée.
«Dans un bar, l’enjeu de toutes les interactions, que ce soit entre individus ou entre meutes, est de garder sauve la valeur positive que l’on s’attribue à soi, à sa meute et aux étrangers. Pas question de narguer les autres meutes et de risquer d’ouvrir les hostilités; on joue un jeu qui se nomme l’indifférence mutuelle», conclut Vincent Paris.
Conclusion du séjour
Malgré les critiques, le Dix30 est une belle réussite. Ses attraits offrent une alternative régionale aux habitants de la Montérégie et même de l’Estrie, qui n’ont désormais plus besoin de se rendre à Montréal pour s’amuser et magasiner. Pas étonnant que l’office de tourisme de la Montérégie y ait élu domicile.
Les frais de ce voyage ont été en partie payés par les commerçants du Dix30.







