Népal: Le «troisième pôle» vire au noir
Les glaciers de l’Himalaya fondent. Plus d’un milliard de personnes pourraient subir les contrecoups de ce phénomène. Une journaliste de Métro a visité les régions du Népal situées en altitude et a rencontré des habitants préoccupés par les changements climatiques.
Des poulets courent çà et là dans une rue du village de Marpha, ce qui est une scène plutôt naturelle. Les vergers de pommiers, les jardins potagers, les vaches trapues et les champs à perte de vue font de ce minuscule hameau à l’ombre des sommets majestueux de l’Annapurna une société rurale à part entière. Toutefois, le nouveau comportement des poulets est inquiétant, estime Kamal Adhicari, qui a grandi dans cette région et qui a souvenir d’une époque très différente. «Ici, il faisait trop froid en automne pour que les poulets puissent courir partout, soutient-il. On les gardait à l’intérieur. Les températures ont augmenté, et les changements s’observent partout lorsque l’on connaît le coin.»
Bonne et mauvaise nouvelle
Pour les habitants de Marpha, la hausse des températures est porteuse de bonnes comme de mauvaiÂses nouvelles. Ils peuvent ainsi pratiquer différentes cultures. Ils se demandent même s’ils devraient acheter, par exemple, des vaches jersiaises, qui donnent beaucoup plus de lait queles vaches petites, mais robustes que l’on voit partout.
La variation de température s’accompagne cependant de changements indésirables. La région du Mustang, au nord du Népal, est extrêmement sèche. Un grand nombre de gens se couvrent le nez et la bouche, partiÂculièrement l’après-midi, lorsque le vent devient si fort qu’il charrie la poussière dans toutes les directions. Auparavant, les hivers étaient blancs et la neige tombait abondamment. Lorsqu’elle fondait au printemps, elle aidait à préparer le sol pour la culture des céréales et des légumes. «Quand j’étais enfant, il tombait beaucoup de neige, parfois plus de 10 pieds, raconte M. Adhicari. Cette année, il n’a pas neigé du tout.»
Pour sa part, Mabhil Jwarcham, propriétaire d’une distillerie qui fabrique de l’eau-de-vie de pomme et qui emploie plusieurs personnes, se plaint que les tempêtes et les pluies du printemps aient ruiné les fleurs des pommiers, ce qui a fait chuter les récoltes de 80 %. Il envisage maintenant de déménager. «Je crains que cette région n’ait plus d’avenir», confie-t-il.
Pas qu’un problème local
La fonte des glaciers et les changements climatiques dans les montagnes himalayennes ne sont pas qu’un problème local. Les glaciers alimentent presque tous les grands cours d’eau d’Asie, dont dépendent plus d’un milliard de personnes. À l’heure actuelle, leur fonte rapide menace d’inonder les régions à faible élévation du Népal et des pays voisins. Ainsi, la population, de même que les autorités, s’inquiète grandement des lacs de barrage glaciaire qui sont sur le point de déborder, accroissant ainsi le risque de catastrophes. M. Pachauri, responsable du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies, a baptisé l’Himalaya le «troisième pôle», aux côtés des pôles Nord et Sud. Il souligne que l’on devrait accorder beaucoup plus d’attention à la fonte des glaciers qui s’y déroule.
Je me souviens
Dans le bureau népalais de CARE, un organisme qui lutte contre la pauvreté et les changements climatiques, entre autres, Maksha Ram Maharjan, conseiller pour le climat, se prépare à assister à la Conférence sur les changements climatiques de Copenhague. Il y sera pour exposer les problèmes du Népal et de toute la région himalayenne. Il compte expliquer comment le recul des glaciers menace une grande proportion de la population de l’Asie.
En regardant par la fenêtre, il montre du doigt les sommets qui se détachent au loin. «Quand j’étais petit, ma mère et moi contemplions les montagnes blanches, raconte-t-il. Nous nous imaginions qu’elles ressemblaient à tel animal ou à telle chose, tout comme d’autres essaient de distinguer différentes formes dans les nuages. Nous discernions des moutons blancs ou des hérons. […] Aujourd’hui, les sommets sont noirs.»