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Interdiction de friandises au cannabis: «un coup de semonce» pour l’industrie

Interdiction de friandises au cannabis: «un coup de semonce» pour l’industrie
Photo: IStock Photos

L’interdiction de friandises et de desserts au cannabis annoncée mercredi par Québec cause un tollé à l’Association québécoise de l’industrie du cannabis (AQIC), qui dénonce l’attitude «paternaliste» du gouvernement dans le dossier.

«On est carrément estomaqués, confie au bout du fil le président de l’AQIC, Michel Timperio. Ça arrive sans consultation, en plein milieu de l’été, pendant que les gens sont en vacances.»

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec a apporté des changements, mercredi, à son règlement sur la vente de produits comestibles au «pot». Il sera dorénavant interdit de vendre toute confiserie et «produit attrayant pour les mineurs» sur le territoire provincial. Ce qui comprend les friandises au cannabis.

Les consommateurs québécois ne pourront pas non plus trouver sur les tablettes de produits topiques contenant du THC ou du CBD – comme certaines crèmes contre l’arthrite.

Le gouvernement a ainsi pour objectif de revoir le cadre règlementaire imposé par la loi fédérale. Québec vise pour le moment à limiter la «banalisation» du produit et à éviter qu’il devienne attrayant pour les jeunes.

Principe de précaution

Pour l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), le projet de règlement «s’inscrit dans un principe de précaution».

«Il y a des risques de banalisation possibles parce que ça va faire partie un peu de la vie courante. Fournir plusieurs produits devient un outil promotionnel pour l’industrie», avance l’analyste en politiques publiques à l’ASPQ Marianne Dessureault.

«Souvent quand on va ingérer ces produits, l’effet est plus lent. Les gens vont avoir tendance à en reprendre une deuxième, une troisième, une quatrième portion.» – Marianne Dessureault, spécialiste en substances psychoactives à l’ASPQ

En contrepoids, le professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal Jean-Sébastien Fallu constate que ces substances sont «les modes de consommation les moins nocifs pour le corps». Le gouvernement aurait pu favoriser des emballages impossibles à ouvrir pour les enfants, ajoute ce spécialiste en toxicomanie.

Un atout pour le marché noir?

Le professeur maintient que «la prohibition n’a jamais fonctionné». Il craint que le crime organisé s’accapare cette importante part du marché.

«C’est un contexte qui peut être imprévisible, c’est dangereux, ajoute M. Timperio. Le crime organisé à les coudées franches pour s’emparer du marché sans surveillance et sans règle de salubrité.»

«Sur le marché noir, ils vendent des jujubes dans des « ziploc ». C’est pas ce qu’on aurait fait, nous autres.» – Michel Timperio, le président de l’Association québécoise de l’industrie du cannabis

Le porte-parole invite les «ministres économiques» à l’Assemblée nationale à tenter de changer la donne.

«C’est une jambette incroyable, poursuit M. Timperio. [Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux Lionel Carmant] ne considère pas l’industrie comme des joueurs responsables. On comprend qu’on doit rejoindre l’objectif de protéger les enfants, on n’est pas en opposition.»