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La question palestinienne s’invite dans la campagne

La question palestinienne s’invite dans la campagne
Photo: Josie Desmarais/MétroCorey Balsam, Lorainne Guay et Bruce Katz de la Coalition BDS-Quebec qui demande que la question palestinienne soit abordée durant la campagne électorale fédérale.

La Coalition BDS-Québec a tenu une conférence de presse jeudi matin pour interpeller les chefs des partis en lice sur la question israélo-palestinienne. Un enjeu majeur de la politique étrangère du Canada qui a été largement ignorée durant la campagne fédérale, selon la coalition. Le groupe estime que les gouvernements canadiens ont successivement pratiqué une politique étrangère qui favorise Israël au détriment des Palestiniens.

Le mouvement BDS-Boycott, désinvestissement et sanctions contre Israël-, est une campagne internationale appelant à exercer des pressions économiques, académiques, culturelles et politiques sur Israël afin de faire respecter les droits des Palestiniens.

Le soutien au mouvement est controversé. Les opposants de BDS le qualifient d’antisémite, car ils y voient une ressemblance avec les boycottages des commerces juifs sous le troisième Reich. Pour ses supporteurs, BDS s’insipre des campagnes de boycottage qui ont été conduites en Afrique du Sud durant l’apartheid.

Le Parti vert du Québec et Québec Solidaire sont membres de BDS-Québec. Cependant, au niveau fédéral, l’appui au mouvement est controversé.

En 2016, la chef des Verts, Elizabeth May a menacé de démissionner de son parti s’il ne révoquait pas son support au mouvement BDS. Justin Trudeau s’est aussi vivement opposé au mouvement.

Les conservateurs ont fait adopter une motion au Parlement demandant au gouvernement de condamner le mouvement BDS.

Les critiques d’Israël sensibles pour les candidats

Durant la campagne électorale, plusieurs candidats qui supportent le mouvement ou qui ont émis des critiques envers Israël se sont retrouvés dans l’eau chaude.

Au début du mois de septembre, la candidate propalestinienne du NPD à Saint-Laurent, Miranda Gallo a été critiquée pour avoir collé des autocollants BDS sur des produits israéliens dans des supermarchés. L’organisme B’nai Brith a demandé au NPD de retirer sa candidature, qualifiant son attitude d’antisémite. Le parti n’a pas cédé à la demande. «Le NPD a la colonne vertébrale de ne pas céder à la menace de B’nai Brith sur la candidature de Miranda Gallo», estime Bruce Katz de Palestiniens et Juifs Unis (PAJU), qui voit une «démarcation» des néodémocrates pour les droits palestiniens.

B’nai Brith et les conservateurs ont aussi accusé le candidat Hassan Guillet d’antisémitisme pour des commentaires qu’il a tenus sur les réseaux sociaux en 2016 et 2017.

Suite aux révélations de B’nai Brith et des conservateurs, le Parti libéral a retiré la candidature de Hassan Guillet.

M. Guillet a soutenu en conférence de presse que le Parti libéral était au courant des commentaires qu’il a émis bien avant son investiture.

BDS-Québec demande des comptes

La coalition demande au prochain gouvernement s’il s’opposera aux résolutions appelant au respect des droits des Palestiniens à l’ONU.

Selon BDS-Québec, le Canada vote systématiquement aux côtés des États-Unis contre ces résolutions. La coalition estime aussi que l’accusation d’antisémitisme est souvent invoquée pour écarter des critiques légitimes des politiques israéliennes. BDS-Québec demande aux gouvernements s’ils estiment qu’Israël est un état «à part qu’on ne peut critiquer sous peine de chantage à l’antisémitisme».

Selon un sondage mené par la firme EKOS pour Voix Juives Indépendantes en 2017, 48% Canadiens d’origines juives croient que des accusations d’antisémitisme sont souvent utilisées pour faire taire des critiques légitimes d’Israël.

«La plupart des politiciens ne parleront pas de ces enjeux, car les organismes pro-israéliens sont majeurs au pays», soutient Corey Balsam de Voix Juives Indépendantes. «Ce n’est pas seulement un enjeu international, c’est un enjeu qui influe sur nos politiques», note-t-il, rappelant qu’Andrew Scheer a promis en mai de déplacer l’ambassade canadienne en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem, comme l’a fait Donald Trump aux États-Unis.

La Coalition BDS-Québec croit que ces enjeux sont importants et que les Canadiens doivent savoir où se situent les partis politiques sur la question israélo-palestinienne.