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08:00 22 avril 2021 | mise à jour le: 22 avril 2021 à 09:31 temps de lecture: 5 minutes

Racisme environnemental: des quartiers denses de Montréal ont besoin d’air 

Racisme environnemental: des quartiers denses de Montréal ont besoin d’air 
Photo: Josie Desmarais/MétroUne berge du Parc-nature du Cap-Saint-Jacques.

La répartition inégale des espaces verts à travers les arrondissements de Montréal est une forme de racisme environnemental qui discrimine les personnes issues des minorités visibles habitant des quartiers plus densément peuplés, selon des experts.

Bien que le racisme environnemental rime souvent avec la défense des territoires autochtones et des droits ancestraux des peuples des Premières Nations, le concept peut aussi se traduire par une exposition disproportionnée aux dangers environnementaux.

En effet, dans les quartiers plus défavorisés de Montréal où on retrouve aussi une plus grande densité de population, l’environnement est souvent de moins bonne qualité, mentionne le chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) Bertrand Schepper.

«Ils sont proches de quartiers industriels où il peut y avoir beaucoup de circulation. […] Si on vit dans un lieu densément peuplé, on va tenter de sortir plus souvent et d’être moins à l’intérieur. Mais, pour cela, il faudrait qu’il y ait un nombre de parcs suffisants», précise-t-il.

Répartition inégale des espaces verts

Selon le dernier recensement de 2016, les arrondissements où on retrouve le plus de minorités visibles à Montréal sont Saint-Laurent (50,4%), Villeray-Saint-Michel-Parc-Ex (46,8%), Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce (45,8%), Montréal-Nord (42,9%), Pierrefonds-Roxboro (38,8%) et Saint-Léonard (36,4%).

Ce sont aussi des lieux où on compte plusieurs îlots de chaleur.

En effet, selon le dernier Plan directeur du sport et du plein air urbains de la Ville de Montréal publié en 2018, les trois arrondissements qui comptent le moins de superficie de parcs et d’espaces verts par rapport à la superficie de son territoire de l’arrondissement sont Saint-Laurent (3,6%), Montréal-Nord (3,9%) et Saint-Léonard (4,4%).

Ces chiffres sont très en dessous de la moyenne montréalaise qui se situe à 11,4%.

De même, lorsqu’on mesure la superficie par m² par 1000 habitants, ce sont les arrondissements de Montréal-Nord, Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce et le Plateau Mont-Royal qui en comptent le moins.

Or, le Plateau-Mont-Royal comptait déjà près de 75 ruelles vertes en 2016, un chiffre loin d’être atteint dans des arrondissements comme Montréal-Nord, Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Saint-Laurent ou Saint-Léonard.

Notons aussi comment le parc Frédéric-Back, situé dans l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, était auparavant un véritable dépotoire avant 2000 au grand désarroi des résidents. Il a fallu que les personnes se mobilisent pour que ça devienne un «complexe environnemental».

Conséquences sur la santé

Avoir accès facilement à un espace vert ou à un parc procure des bienfaits sur la santé physique et mentale, explique l’agente de planification, programmation et recherche à la Santé publique de Montréal, Annie Pelletier.

Cela est devenu encore plus important dans le contexte sanitaire actuel.

«Il faut penser que les Montréalais, pour la plupart, n’ont pas accès à une cour. Un bon pourcentage d’eux habitent dans un condo ou un appartement. Des jardins privés, ce n’est pas donné à tout le monde d’en avoir sur l’île. Les espaces verts ont vraiment un impact sur la santé physique et mentale des gens, que ce soit pour être actif ou pour se relaxer», explique-t-elle.

Les personnes qui vivent dans des quartiers plus défavorisés dépourvus d’îlot de fraîcheur pourront ressentir des effets néfastes sur leur santé, indique le militant antiraciste Will Prosper.

«Les gens vont en subir les conséquences lorsqu’il y aura des canicules. Il faut regarder le nombre de personnes qui vont décéder dans ces communautés-là parce qu’il n’y a pas forcément d’air climatisé, mais il y a plus de chaleur dans ces environnements», dit-il.

«Le racisme environnemental, c’est le manque de souci qu’on a pour une population souvent à cause de sa couleur de peau.» – Will Prosper

De même, leur espérance de vie sera moindre que dans des quartiers mieux nantis et souvent plus blancs, poursuit Bertrand Schepper.

«Quand les quartiers se gentrifient, soudainement arrive le besoin d’arbres, il y a des transformations. Or, dans les quartiers les plus pauvres de Montréal où la densité de population est un enjeu, on sait que les personnes racisées ont souvent moins accès à la richesse que les autres», émet-il.

Pistes de solutions

Selon Will Prosper, il faut complètement revoir la manière dont ont été conçus des quartiers comme Montréal-Nord, par exemple. «Ce n’était pas très humain comme développement. Au début, ça n’a pas été fait en pensant aux bienfaits ou aux soins de ces personnes-là.»

En plus d’ajouter des îlots de fraîcheur dans ces arrondissements, il faut créer des logements sociaux et développer le transport en commun qui ne dessert pas assez bien ces communautés, pense-t-il.

Will Prosper propose de transformer des endroits déjà existants, comme des anciennes stations de services ou des espaces industriels, pour y construire des logements sociaux. «Si on augmente le nombre de logements sociaux qui ont de meilleures conditions, à ce moment-là on peut créer des espaces verts pour permettre aux gens de respirer dans ces communautés-là», ajoute-t-il.

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