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COVID-19: pourquoi peut-on être vaccinés, mais quand même infectés?

Vaccination COVID-19
Le centre de vaccination à Dollard-des-Ormeaux a été installé dans le centre communautaire. Photo: Josie Desmarais/Métro

Hier, le Québec a dépassé la barre symbolique des 50% de sa population ayant au moins reçu une première dose d’un vaccin contre la COVID-19. L’objectif de 75% de la population vaccinée pourrait être atteint dès le 15 juin selon le ministre de la Santé Christian Dubé. Pourtant le risque zéro n’existe pas. Dans un article de La Conversation, Tara Hurst, lectrice à la Birmingham City University, revient sur les causes qui peuvent entraîner des cas d’infections malgré le fait d’être entièrement vaccinés.

Le développement de plusieurs vaccins contre la Covid-19 en moins d’un an nous a donné à tous l’espoir d’une sortie de pandémie. L’objectif est désormais de garantir une couverture vaccinale étendue aussi rapidement que possible, et ce, partout sur la planète.

Cependant, les vaccins ne sont pas efficaces à 100 % pour freiner la transmission ou l’infection. Le risque que certaines personnes entièrement vaccinées soient infectées est faible, mais il faut s’attendre à ce que cela se produise.

Il est important de prendre conscience des limites des vaccins. Aucun vaccin n’offre une protection totale à tous ceux qui le reçoivent. Le vaccin contre la rougeole s’est avéré très efficace pour prévenir l’infection, ce qui a conduit à la quasi-éradication du virus dans certains pays.

Pourtant, des infections sont signalées même dans des populations largement vaccinées. Ces infections ne surviennent pas seulement chez les personnes non vaccinées ; il y a des cas d’infections chez des personnes entièrement vaccinées.

Le vaccin contre la grippe saisonnière offre une protection contre les virus en circulation. Mais les virus de la grippe en circulation varient, et les personnes vaccinées peuvent tout de même tomber malades, mais moins gravement.

Ce phénomène s’explique par le fait que la défense immunitaire se produit de différentes façons. D’une part, il y a les anticorps, qui sont des protéines en forme d’Y qui se verrouillent sur les germes et les neutralisent, et d’autre part, les lymphocytes T, qui trouvent et détruisent les cellules infectées.

Les anticorps sont généralement dirigés contre les protéines les plus variables à la surface du virus, tandis que les protéines plus constantes – à l’intérieur du virus – sont ciblées par les lymphocytes T. Les lymphocytes T sont importants pour diminuer la gravité de la maladie.

En ce qui concerne le SARS-CoV-2 (le virus responsable de la Covid-19), il y a quelques cas d’infection post-vaccination aux Seychelles, mais peu d’informations ont été publiées jusqu’ici dans des revues scientifiques.

Un rapport récent paru dans le New England Journal of Medicine décrit deux cas de Covid-19 après une vaccination. Les deux personnes ont présenté des symptômes légers qui ont disparu en une semaine.

Et une étude de l’Université de Stanford, qui doit encore être évaluée par d’autres scientifiques, décrit 189 cas de Covid-19 post-vaccination sur 22 729 travailleurs de la santé. Cependant, une partie des travailleurs infectés n’avaient reçu qu’une seule dose du vaccin. La vaccination rendra probablement la maladie moins grave si de telles éclosions se produisent.

Plusieurs explications

Plusieurs raisons peuvent expliquer les infections post-vaccination. La réponse immunitaire chez l’humain est codée dans notre ADN et varie d’une personne à l’autre. Cette variabilité nous aide à répondre à un large éventail de virus. Mais l’efficacité de ces réponses est également variable. Elle dépend de plusieurs facteurs, notamment l’état de santé, la prise de médicaments ou l’âge.

Le système immunitaire vieillissant ne réagit pas aux nouveaux antigènes (substance étrangère qui amène votre système immunitaire à produire des anticorps) et aux vaccins aussi bien que les systèmes immunitaires plus jeunes. Pour un vaccin contre la Covid, on a constaté une différence mesurable dans la concentration d’anticorps neutralisants chez les personnes âgées par rapport aux adultes plus jeunes. Certains participants âgés n’avaient pas du tout d’anticorps neutralisants après avoir reçu les deux doses du vaccin.

Les infections post-vaccination peuvent aussi être causées par des variants du virus qui échappent à la détection immunitaire et se développent même chez les personnes vaccinées. On s’attend à ce qu’un virus, en particulier un « virus à ARN » comme le SARS-CoV-2, mute et donne naissance à des variants, dont certains peuvent être plus contagieux. Ces variants sont neutralisés plus ou moins efficacement par le système immunitaire, car les mutations peuvent modifier les parties du virus reconnues par les anticorps et les lymphocytes T.

Un nouveau variant du SARS-CoV-2 identifié en Inde (B.1.617.2) rendrait le virus plus contagieux, ce qui est préoccupant compte tenu de la crise sanitaire en cours dans ce pays. Malgré l’absence d’études scientifiques, les médias rapportent de nombreux cas de percées infectieuses fréquentes et le variant B.1.617.2 est mis en cause, mais cela reste à prouver.

Une étude réalisée sur les infections post-vaccinales par le SARS-CoV-2 en Californie, a montré que les risques d’infection n’étaient pas plus élevés en raison des variants dans cette région.

Malgré les preuves que les vaccins fonctionnent bien contre les variants, l’augmentation rapide de la proportion de cas au Royaume-Uni qui est attribuable au variant B.1.617.2 par rapport à la souche dominante du Kent (B.1.1.7) a élevé cette mutation au rang de variant préoccupant par la Santé publique.

Si la vaccination généralisée reste la solution ultime en cas de pandémie, il convient de mentionner qu’il est peu probable qu’elle permette de prévenir toutes les infections. Or les personnes qui attraperont la Covid après avoir été vaccinées auront probablement des symptômes plus bénins. Le risque d’infections post-vaccination ne devrait donc pas nous dissuader de nous faire vacciner. Des études plus poussées sur les causes des infections au SARS-CoV-2 pourraient aider les scientifiques à améliorer les vaccins contre la Covid-19 ou modifier le calendrier des rappels.

Tara Hurst, Lecturer, Biomedical Science, Birmingham City University

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

La Conversation

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