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12:16 4 juin 2021 | mise à jour le: 4 juin 2021 à 16:11 temps de lecture: 5 minutes

Ces jeunes qui ne veulent pas du vaccin contre la COVID-19

Ces jeunes qui ne veulent pas du vaccin contre la COVID-19
Photo: 123RfPrès de 220 000 personnes de 18 à 40 ans, dont la moitié se trouvent à Montréal et Laval, doivent encore être vaccinées pour atteindre la cible de 75% dans cette tranche d’âge.

Ils ont moins de 40 ans, ils sont en santé… et ils ne veulent pas se faire vacciner contre la COVID-19. Pourquoi?

Les sondages montrent que les jeunes adultes sont plus récalcitrants que leurs aînés à relever leur manche pour recevoir une dose de vaccin. Il est toutefois difficile de les faire parler de leur décision, car plusieurs avouent avoir peur des répercussions qu’un tel aveu pourrait engendrer, notamment dans leurs milieux de travail.

Ce n’est pas le cas de Zoé, une mère montréalaise qui assure qu’il faudra qu’on «vienne la chercher par les cheveux» si on veut la forcer à se faire vacciner. Elle était prête à parler ouvertement à Métro de son choix, mais c’est son frère qui lui a dit de ne pas le faire, par crainte qu’elle devienne «la porte-parole des anti-vax».

Pour Zoé, l’équation est simple: le vaccin l’inquiète plus que le coronavirus. Elle préfère risquer de l’attraper, se disant qu’elle développera des anticorps.

«Plein de monde partage mon opinion. Et plein de monde pense qu’on est fous…» – Zoé

«Ce n’est pas que j’ai peur de prendre le vaccin et que, le lendemain, je commence à avoir le Parkinson. Je vois des gens, sur Internet, qui disent qu’on va avoir du magnétisme dans le bras… Moi, ce n’est pas ça. » Alors, qu’est-ce qui l’inquiète? «Je trouve qu’il n’y a pas eu assez de recherches».

Au début du mois de juin, 220 000 adultes de 18 à 40 ans doivent encore être vaccinés pour que le Québec atteigne sa cible de 75% dans cette tranche d’âge. La moitié vivent à Montréal et à Laval.
Hugo, un étudiant de 25 ans, se méfie lui aussi. Il dit avoir perdu confiance devant «l’incohérence des messages» qu’il a entendus. Il fait partie de la catégorie des gens qui hésitent à se faire vacciner. Pour l’instant, il penche «à 70%» pour ne pas le faire.

Big Pharma

En expliquant leurs réserves, Zoé et Hugo pointent tous deux du doigt «Big pharma» et son agenda financier, soutenu par les messages des instances gouvernementales.

«Il y a des intérêts financiers derrière tout ça qui – ça reste mon interprétation – passent avant le processus scientifique qui prend beaucoup plus de temps.» – Hugo

Mais Sebastien, un scientifique spécialisé en immunologie qui travaille dans le domaine pharmaceutique, assure que la vitesse à laquelle le vaccin a été développé n’est pas une bonne raison de le craindre. S’il comprend que certains songent aux intérêts économiques de l’industrie, selon lui, c’est une question de contexte. Seules quelques entreprises avaient l’expertise nécessaire pour développer ce vaccin, et leur productivité s’explique par la quantité d’efforts qu’elles ont mis dans cette recherche déclarée prioritaire.

Il ne juge pas pour autant les hésitations de certains de ses concitoyens de son groupe d’âge. «Tout le monde fait son évaluation.»

«Il y a beaucoup de confusion dans la population. Et quand on s’assoit pour se faire vacciner, c’est un challenge émotionnel», dit-il, en évoquant par exemple la pensée qui nous traverse l’esprit quand on se demande si on n’incarnera pas la fameuse statistique d’une personne sur 100 000 victime d’une thrombose.

Pour le scientifique, qui vient de recevoir sa première dose au moment où Métro le rencontre, la décision de se faire vacciner a néanmoins été facile. Dans un contexte de pandémie, il convient, d’après lui, de donner la priorité aux droits collectifs.

Zoé et Hugo, eux, font valoir leurs droits individuels, surtout si on leur parle de l’éventualité d’un passeport vaccinal pour voyager ou pour participer à des activités. Ils estiment que «dans un pays libre», il s’agirait d’une mesure discriminatoire.

«La vaccination, ça reste un acte médical qui devrait être vu d’un point de vue individuel.» – Hugo

Et est-ce que les gens qui s’inquiètent de côtoyer à leur insu des personnes non vaccinées ont le droit de savoir qu’ils ne le sont pas? Ils ne le croient pas non plus. Selon eux, c’est une information privée.

«On a juste un bord de l’histoire»

Même si des campagnes de sensibilisation sont lancées pour inciter les jeunes à se faire vacciner, cela n’influencera probablement pas Zoé, qui avoue se méfier tout particulièrement de la pression sociale, qui la fait se braquer. «Je ne suis pas contre les vaccins, j’ai déjà pris d’autres vaccins. Je suis contre le fait que c’est poussé si fort. Depuis quand on se félicite de se faire vacciner?»

«Depuis le début de la pandémie, je vois M. Legault qui dit: 67% des Québécois ont dit ça… Mais je n’ai jamais eu, moi, de sondages. On a juste un bord de l’histoire. Personne ne veut entendre parler de ceux qui ne veulent pas se faire vacciner.» – Zoé

Hugo parle quant à lui d’une «doxa» québécoise. Il insiste quand même: il veut faire la bonne chose pour lui et les autres. «Mais je suis indécis sur la bonne décision à prendre.»

Hugo et Zoé admettent tous les deux que les émotions jouent un rôle dans leur décision. Mais Zoé pense que c’est aussi une peur du virus qui motive ceux qui se font vacciner.

Pour Sebastien, il s’agit plutôt de prendre tous les moyens pour mettre un terme à la pandémie. Et selon lui, la vaccination, c’est le début de la fin.

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