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Pierre Coriolan: «détérioration massive» de la formation au SPVM sous Sylvain Caron

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal, Sylvain Caron. Photo: Josie Desmarais/Métro

Il y a eu une «détérioration massive» du maintien des compétences et de la formation en intervention de crise des policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sous la gouverne de Sylvain Caron, a déclaré lundi un ex-policier dans le cadre de l’enquête publique portant sur le décès de Pierre Coriolan.

Pierre Coriolan est un Montréalais d’origine haïtienne qui a été abattu le 27 juin 2017 par des policiers du SPVM alors qu’il vivait un épisode de détresse.

Après avoir tenté de maîtriser l’homme de 58 ans à l’aide d’un pistolet à impulsion électrique et de balles de caoutchouc, les agents de police ont ouvert le feu en direction de la victime, qui est décédée à l’hôpital.

Aucun des policiers impliqués dans l’intervention n’avait de formation en santé mentale. 

Un «vide» au niveau du maintien des compétences

Policier à la retraite depuis 2020, Stéphane Wall a expliqué à la barre comment, de 2005 à 2018, une «communauté de pratique» coachait régulièrement des policiers du SPVM afin d’assurer le maintien de leurs compétences, ainsi que la transmission des nouvelles façons de faire.

De 2012 à 2018, des «appels simulés» de gestion de crise permettaient de former en continue les policiers en désescalade, a-t-il affirmé.

Cependant, ces «appels simulés» ont cessé à l’arrivée en poste du directeur du SPVM Sylvain Caron, en décembre 2018. «Malheureusement, cette direction-là ne connaissait pas bien ce qu’était une communauté de pratique», a-t-il affirmé.

«Il y a eu un virage qui s’est fait vers une structure et il y a une centralisation vers une autre structure.»

Stéphane Wall

Stéphane Wall soutient avoir prévenu la nouvelle direction qu’un «vide était de nouveau en train de se créer pour le maintien de compétences chez les policiers». Il affirme avoir tenté de sensibiliser ses supérieurs en 2019 quant aux impacts néfastes à moyens-longs termes sur le service de police, en vain. 

«Les policiers sur le terrain, par eux-mêmes, ont transmis une lettre au syndicat [la Fraternité des policiers et policières de Montréal] pour dire qu’il y avait une détérioration massive de tout ce qui touchait le maintien de compétences ou la formation, a ajouté le témoin. C’est malheureusement quelque chose qu’on aurait dû écouter en 2018-2019.»

Cette lettre signée par plus de 500 policiers a été envoyée en mai 2021.

Nouvelle formation en désescalade annoncée en 2019

En 2019, le SPVM avait annoncé que l’ensemble de ses patrouilleurs seraient formés en désescalade et en endiguement d’ici 2022 afin de mieux intervenir auprès des personnes souffrant de problèmes de santé mentale.

Un deuxième policier retraité du SPVM, Michael Arruda, a été appelé à la barre lundi. Il a été conseiller au dossier Santé mentale et intervention de crise de la Section des relations avec la communauté au sein de l’organisation durant plus de dix ans.

Cependant, M. Arruda n’a pas été consulté pour la formation en désescalade annoncée en 2019, a-t-il affirmé à la grande surprise des avocats de la famille Coriolan.

Aucun renouvellement de la formation des agents RIC

Selon le modèle introduit en 2013, les patrouilleurs Réponse en intervention de crise (RIC) sont des policiers qui ont suivi une formation spécifique de quatre jours portant sur l’intervention de première ligne auprès de personnes en crise grave ou aiguë.

Toutefois, ces premiers policiers formés à l’époque, qui sont toujours des agents RIC, n’ont jamais reçu de mise à niveau de leur formation, a souligné Stéphane Wall devant le coroner Malouin. 

«Oui, pendant ces années-là, il y a de nouveaux agents RIC qui ont été formés, donc il y a toujours un bassin d’agents qui grandit», a-t-il précisé. Or, selon lui, le maintien des compétences de ces policiers doit se faire «annuellement», «mensuellement», voire «au quotidien».

Stéphane Wall a indiqué que la direction lui assurait avoir un plan pour la formation des agents RIC dès 2018. Or, deux ans et demi après, ce plan n’a pas été mis en œuvre. 

Deux représentants du SPVM témoigneront mardi matin devant le coroner en charge de l’enquête publique, Me Luc Malouin.

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