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Denis contre Will

Photo du chroniqueur Frédéric Bérard avec titre de sa chronique, In libro veritas
Photo: Métro

CHRONIQUE – Sur un plan perso, Will Prosper m’est pratiquement inconnu. Rencontré brièvement sur une table ronde électorale, il s’en faut toutefois peu, justement, afin d’être impressionné par le bonhomme. Posé, allumé et brillant, ces caractéristiques vont de pair avec un militantisme charismatique rarissime. Un modèle pour les jeunes issus des minorités québécoises, et pour le Québec tout court, particulièrement en ces temps où trop s’amusent à importer de la France d’extrême-droite les concepts de «racialisme» et de « racisme anti-Blanc».

Sorties du champ gauche (ou droit, plutôt), les révélations entourant les circonstances de son départ de la GRC, il y a de ça deux décennies, m’ont envoyé sur le cul. Parce que fouiller dans une banque de données policières pour ensuite refiler de l’info à des potes d’enfance est une infraction déontologique majeure, grave. Notamment lorsqu’il s’agit, comme en l’espèce, d’accusations de meurtre.

Il n’en fallait pas davantage, bien entendu, afin que les tirs groupés des deux camps ennemis fusent de toutes parts: d’un côté, les supporters et les quasi-apôtres de Prosper. De l’autre, Québecor et, ô surprise,… Denis Coderre. Si la dévotion des premiers en dit long sur l’amour porté au candidat de Projet Montréal, il en va de même, à l’inverse, de sa détestation par maints chroniqueurs de l’empire Péladeau. Pas de danger, de part et d’autre, de s’enfarger dans l’appréciation objective ou encore la nuance. Dieu ou démon, voilà la seule résultante possible au dilemme posé.

Quant au Coderre 2.0., celui qui, de l’aveu de son propre auto-battage publicitaire, «a changé», admettons-le qu’il est égal à lui-même. Parce que si l’ancien Denis ne se refusait jamais une occasion d’instrumentaliser à son compte, souvent fallacieusement, un faux pas de l’adversaire, faut croire que le néo-Denis a, lui aussi, bien de la peine à s’en priver. Une occasion ratée, en vrai, de nous témoigner de ce «changement», lequel aurait pu (aisément) s’articuler de la manière suivante: Prosper a commis une grave erreur. J’en ai commis aussi. Je plaide à un changement de paradigmes, à une certaine tolérance envers la faune politique qui, elle aussi, est humaine et conséquemment imparfaite. Merci, bonsoir.

Mais bon. Chassez le naturel, disait l’autre. Dommage. Notamment parce que Coderre figure, justement, au rang des politiciens semi-graciés par l’opinion publique pour fautes mineures, moyennes, semi-graves ou impardonnables: cellulaire au volant, mensonge en prime. Exiger du chef de police de «sa» ville de traquer par écoute électronique les propos de journaliste, laquelle entrave à la liberté de presse devait mener à une commission d’enquête. Mentir sur le paiement de ses honoraires dans le litige l’opposant à l’ex-joueur de la LNH, Shane Doan. Séjourner au condo d’un des plus grands «bénéficiaires» du scandale des commandites, en plein cœur de celui-ci, alors qu’il œuvrait comme ministre. Nier l’affaire, c’est-à-dire mentir, au journaliste Daniel Leblanc. Se raviser une fois avoir pris connaissance de la preuve irréfutable, mais néanmoins menacer ledit journaliste de mettre la GRC sur son cas, histoire de faire sortir ses propres squelettes. Avoir été le conseiller pour Haïti du premier ministre Paul Martin lors du coup d’État contre Jean-Bertrand Aristide, la magouille canadienne à cet égard, malgré le démenti Coderre, étant chose prouvée.

Que l’opinion populaire ait pardonné ou simplement oublié ce qui précède est impertinent en l’espèce. Idem pour l’élasticité morale dont elle se fait parfois la championne, certains politiciens passant au cash pour des broutilles, alors que d’autres sont portés aux nues malgré des gaffes stratosphériques. Pensons à René Lévesque qui, ivre au volant, écrase un itinérant ou, dixit son biographe, se livre à des élans de violence conjugale auprès de Corinne.

Un curriculum à la sauce Coderre en appellerait, en bref, à davantage de mansuétude à l’égard de ses adversaires. Parce que quiconque garroche des cailloux à partir de sa maison de verre joue, en quelque sorte, à la roulette russe de la vindicte populaire.

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