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Québec solidaire: menace communiste!

CHRONIQUE – Elle revient à chaque campagne électorale comme une montée d’acné avant les menstruations : cette idée que Québec Solidaire incarne une dérive communiste. Qu’il s’agisse de rappeler le passé marxiste-léniniste de Françoise David, d’évoquer un «politburo» aux relents soviétiques responsable de tirer les ficelles du parti, ou d’associer chacune des promesses électorales faites par Gabriel Nadeau-Dubois à un stalinisme rampant, les détracteurs de QS ne ratent aucune occasion de brandir la menace du goulag. C’est sûr que quand on réquisitionne l’esthétique maoïste comme le fait QS dans sa présente campagne, on court après le trouble.

Reste que cette vilaine manie d’associer les idées sociales-démocrates de Québec solidaire à la menace communiste a quelque chose de poussiéreux. En quelle année est-on? De l’au-delà, Joe McCarthy a téléphoné pour dire qu’il est mort en 1957 tout comme la panique morale qu’il a alimentée avec sa fameuse chasse aux sorcières. Si au moins on s’attaquait aux aspects délétères du communisme, comme, je sais pas, moi, le totalitarisme, la dictature, le travail forcé (qui existe pratiquement, sous notre gouvernement pragmatique… parlez-en aux infirmières). Mais en général, on s’attaque plutôt aux principes d’égalité, de partage des richesses, de solidarité. Essuyer une partie des frais dentaires de la population? Quelle idée communiste hérétique! Bon, on paye collectivement l’entièreté des frais de santé depuis 1969, mais les dents, ça, c’est définitivement la goûte communiste qui ferait déborder le vase.

Et c’est ça l’affaire. Quand on associe chaque idée sociale-démocrate à la menace communiste, c’est comme si on oubliait un peu notre histoire. Chaque fois qu’il a été question de mettre en commun nos efforts, dans l’histoire du Québec, on a brandi la menace communiste. Nationaliser l’électricité? René Lévesque avait les meilleurs arguments pour le faire : on allait être maîtres chez nous, générer des profits pour l’état, assurer un service stable et égal pour tous les Québécois, développer l’économie des régions. Mais c’était trop beau pour être vrai. Ça devait sûrement être du communisme. Offrir un système de santé universel et gratuit? Du communisme. Le logement social? Cachez cette idée communiste que l’on ne saurait voir. Unifier les travailleurs pour de meilleures conditions? Quelle bande de communistes.

Brandir la menace communiste a été un outil presqu’aussi puissant pour l’Union nationale de Duplessis que l’a été pendant des années la menace séparatiste pour le Parti Libéral. Avec l’essoufflement de la question nationale et le repositionnement des enjeux sur l’échiquier gauche-droite, c’est comme s’il redevenait pertinent de nous faire peur avec des idées qui peuvent sembler trop belles pour être réalisables.

Pourtant, les grands projets de société qui constituaient des menaces communistes au moment où ils étaient débattus font partie de nos richesses collectives. Hydro-Québec, la Régie d’assurance maladie, l’assurance automobile… personne – enfin presque – ne regarde vers le passé en se disant « quelles gaffes monumentales avons-nous faites! » Ces piliers – perfectibles, soit – font plutôt partie de notre fierté nationale, voire de notre identité québécoise. C’est peut-être, avec la langue française, l’un des aspects qui nous distingue le plus du reste de l’Amérique du Nord. C’est tellement consensuel au Québec que même l’un des partis qui se situent le plus à droite des questions socio-économiques, la CAQ, se réclame de ces valeurs. Le gouvernement caquiste est d’ailleurs l’un de ceux ayant le plus investi dans les services sociaux dans les dernières années. Pourtant, personne n’accuse François Legault d’être un maudit commie.

Le plus ironique, c’est qu’on a accusé cette semaine Québec solidaire d’être trop à droite lorsque le parti a proposé une suspension de la TVQ sur certains produits jugés essentiels. On peut s’obstiner sur les items que QS souhaite exempter de la taxe de vente – les vêtements, par exemple – mais réduire les taxes à la consommation profite généralement aux plus démunis. C’est une mesure progressiste. Faut croire que même lorsqu’on incarne la pire menace communiste, on n’échappe pas aux critiques de la gauche non plus! J’imagine que si on met autant d’efforts à démoniser Québec solidaire, c’est que le parti constitue en vérité une menace, de plus en plus réelle, aux vieux partis.

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