Soutenez

Itinérance: la tolérance est de mise à Montréal et Longueuil

Benoit Langevin, Soraya Martinez Ferrada et Catherine Fournier
Benoit Langevin, Soraya Martinez Ferrada et Catherine Fournier. Photo: Olivier Robichaud / Métro

Montréal et Longueuil arriment leurs interventions en matière d’itinérance, avec un principe central: la tolérance. D’ailleurs, Montréal choisira des «zones de tolérance» pour les campements.

Vendredi, les mairesses de Montréal et Longueuil, Soraya Martinez Ferrada et Catherine Fournier, on présenté chacune leur propre protocole d’intervention en matière d’itinérance inspiré des mêmes principes. Chaque ville s’assurera d’intervenir de manière respectueuse des droits des personnes en situation d’itinérance.

La tolérance des campements est donc de mise. La Ville de Montréal interviendra seulement lorsqu’il y a des enjeux de sécurité ou de cohabitation. Et encore, les mesures de mitigation seront tentées en priorité avant d’envisager un démantèlement. Idem à Longueuil.

«On n’a pas le choix d’être tolérants. C’est quoi l’alternative? De fermer les yeux et être aveugles à la misère humaine?», lance Mme Martinez Ferrada. «On a une crise humanitaire entre les mains. On doit être tolérants, mais on doit être tolérants dans un cadre qui respecte les enjeux réels de sécurité des [personnes qui habitent près des campements].»

L’annonce survient quelques jours seulement après la mise sur pied du Groupe d’intervention tactique en itinérance (GITI) et d’un fonds d’appariement pour recueillir des dons.

Déménager et atténuer avant de démanteler

Les protocoles dévoilés par Montréal et Longueuil détaillent dans quelles circonstances la Ville peut intervenir dans un campement ou auprès d’une personne en situation d’itinérance.

À Montréal, dans la majorité des cas, la Ville interviendra pour régler l’enjeu de sécurité ou de cohabitation et laissera le campement largement tranquille. Par exemple, une installation de chauffage dangereuse pourrait amener la Ville et les intervenants du milieu à sécuriser l’installation ou à offrir des alternatives de chauffage. Si l’intervention est fructueuse, les tentes ne seront pas déménagées.

Graphique montrant la séquence d'intervention de la Ville de Montréal lorsqu'il y a des enjeux de sécurité ou de cohabitation avec un campement itinérant.

La mairesse souligne que sur un terrain privé, le propriétaire aura toujours le droit de demander un démantèlement. Soraya Martinez Ferrada souligne toutefois qu’avec le nouveau cadre, la Ville pourra alors intervenir de façon plus humaine.

Son protocole suivra les mêmes principes qu’une intervention menée cet automne auprès des campeurs du stationnement du palais de justice, devant la Mission Old Brewery. Le stationnement appartient au gouvernement provincial, qui a demandé à la Ville d’expulser les campeurs pour éviter des blessures ou des dommages lors d’opérations de déneigement. La Ville a procédé avec tact plutôt que de sortir les policiers et les pipines.

«Il y avait 22 tentes. […] Le gouvernement nous a dit qu’il faut que les tentes partent. On leur a demandé du temps. On a rencontré les campeurs un par un avec des organismes communautaires et des intervenants. On a placé des gens en logement. On a placé des gens dans des refuges. Et les derniers qui ne voulaient pas, on leur a donné une autre zone où ils pouvaient s’installer», rappelle-t-elle.

«Est-ce que c’est parfait? Non. Mais on l’a fait avec dignité et au bout du compte il n’y a plus de tentes dans le stationnement.»

Les démantèlements effectués sous l’administration précédente, notamment sur la rue Notre-Dame, ont laissé une trace dans la mémoire collective du milieu de l’itinérance, autant chez les campeurs que les personnes qui leur fournissent des services. La Ville est d’ailleurs sous le coup d’une injonction depuis que des campeurs de la rue Notre-Dame se sont adressés à la cour pour éviter d’être évincés. Depuis, la Ville ne peut légalement démanteler un campement sans offrir une ressource alternative.

Soraya Martinez Ferrada affirme qu’un plan spécifique à la rue Notre-Dame sera bientôt dévoilé.

«Zones de tolérance» et distances minimales

Lorsqu’une relocalisation est nécessaire, la Ville de Montréal privilégiera le placement en logement ou en ressource d’urgence. Elle procédera ensuite à une relocalisation des personnes qui souhaitent rester en tente ou qui n’ont pas d’autres options.

La Ville encourage donc les arrondissements à identifier des «zones de tolérance» où les campeurs seront relocalisés en priorité. Ces zones seront choisies ultérieurement par les arrondissements concernés.

C’est le cas dans Ville-Marie, géré directement par Mme Martinez Ferrada. La mairesse précise qu’une partie du Square Viger a été ciblée comme une zone de tolérance possible. C’est d’ailleurs là que les campeurs du palais de justice ont été relocalisés.

À Longueuil, le Protocole partenarial de gestion des campements détaille une série de conditions pour assurer la sécurité des campeurs et des résidents domiciliés. Aucun campement ne sera toléré à moins de 250 mètres d’une école, d’une garderie ou d’une résidence pour aînés, par exemple.

Une application pour géolocaliser les campements

En plus de partager une même approche de lutte à l’itinérance, Montréal compte directement s’inspirer de Longueuil pour au moins une mesure. Depuis quelques temps, la ville de la Rive-Sud utilise une application de cartographie qui permet de géolocaliser les campements. Cette application est branchée sur l’application 311 afin que la carte soit mise à jour en fonction des signalements des résidents.

«Ça change la donne totalement pour nos équipes parce que ça permet de répertorier les campements en temps réel et de faire un travail en adéquation entre nos différentes équipes», souligne la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier.

La carte est utilisée seulement par certaines équipes désignées au sein de la Ville, du réseau de la santé et des organismes communautaires concernés. Elle n’est pas disponible au public.

Une réalité interrives

Les mairesses de Montréal et Longueuil ont présenté leurs protocoles conjointement vendredi afin de souligner l’interconnexion de leurs réalités en ce qui concerne l’itinérance.

«Il y a seulement un pont qui nous sépare», souligne Catherine Fournier. «On sait qu’il y a des gens de Longueuil qui vont à Montréal, il y a des gens de Montréal qui vont à Longueuil.»

Catherine Fournier devant des élus de Montréal.
Catherine Fournier

Depuis la pandémie, Longueuil doit composer avec un problème croissant d’itinérance. Plusieurs campements ont vu le jour, dont un qui a causé des remous près d’une école et qui a été déménagée cet été. D’autres tentes sont installées sur les berges du fleuve, dans le parc Marie-Victorin.

Le maire de Laval, Stéphane Boyer, n’était pas présent. Selon les élues, la situation de l’itinérance est fort différente à Laval.

Manque de détails, dit l’opposition

Ericka Alneus, cheffe par intérim de Projet Montréal, salue l’esprit du protocole présenté vendredi. Elle aurait toutefois aimé avoir plus de détails sur les mesures concrètes et sur l’utilisation des sommes destinées à la lutte à l’itinérance.

«C’est une première pierre. On a besoin de plus de clarté pour les élus, les arrondissements et le public», dit-elle.

«On aurait pu s’attendre à plus qu’un énoncé de vision», ajoute Martine Musau Muele, porte-parole de Projet Montréal en matière d’itinérance. «On souhaitait avoir une documentaiton qui allait présenter des éléments qui répondent à des questions qui sont en suspens depuis trop longtemps.»

Mme Musau Muele se demande notamment à quel moment les enjeux de sécurité ou de cohabitation peuvent déclencher une relocalisation.

Pour consulter le Protocole municipal de gestion des campements de la Ville de Montréal:

Pour consulter le Protocole partenarial de gestion des campements de la Ville de Longueuil:

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.