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06:00 19 mai 2015 | mise à jour le: 11 juin 2021 à 10:54 Temps de lecture: 6 minutes

Danièle Henkel, au parc comme au bureau

Danièle Henkel, au parc comme au bureau
Photo: Yves Provencher/Métro

Tout juste nommée à la présidence du C.A. de la Société du parc Jean-Drapeau, l’entrepreneure Danièle Henkel se sent responsable, en tant que femme d’affaires et en tant que citoyenne, de redorer le blason de Montréal. La dragonne, qui ne veut plus entendre parler d’austérité, souhaite qu’on place les gens d’affaires au centre de notre société.

Quel bilan de santé faites-vous de Montréal?
Je suis ici depuis plus de 25 ans. L’évolution de la métropole, je l’ai vue. Son déclin aussi. Je pense qu’on est arrivé à un point de non-retour… et c’est extraordinaire. Tant qu’on n’a pas atteint le fond, on ne peut pas remonter. Aujourd’hui, d’une certaine façon, il y a un trop-plein de «C’est assez!». Il faut arrêter d’attendre après les gouvernements. Nous sommes des citoyens engagés, aussi responsables que n’importe qui.

Vous avez accepté la présidence du C.A. de la Société du parc Jean-Drapeau parce que vous ressentez, en tant que femme d’affaires, la responsabilité de faire briller la ville?
Oui. Le simple fait d’occuper ce poste est une responsabilité. Parce que nous travaillons avec les deniers publics. Je suis aussi responsable d’une équipe. Je dois les amener vers quelque chose de sain, d’éthique. Je suis allée voir les travailleurs sur le terrain. Ils aiment leur parc. Mais on ne leur avait pas expliqué la vision de la société. On leur avait demandé d’exécuter quelque chose, sans leur parler du cœur et de l’âme du projet. C’est mon rôle.

Avez-vous hésité longtemps avant d’accepter ce rôle dans un organisme public, vous qui venez du secteur privé?
Énormément. C’est un monde que je ne connais pas et je n’ai aucune gêne à le dire. Quand j’ai lu le rapport de l’inspecteur général – parce que, oui, je l’ai lu –, j’ai choisi de faire abstraction du passé et de me concentrer sur les recommandations. J’ai vu que ce qu’il fallait pour remettre le parc sur les rails, c’était comme dans une entreprise. C’est ce que je fais tous les jours!

Est-ce que davantage de gens d’affaires devraient être nommés à des postes du genre?
Absolument. Plus de gens d’affaires et plus de femmes. Je ne dis pas que ça ne prend que des femmes, mais il faut un équilibre. Ce sont les différents points de vue et les différentes façons d’analyser une situation qui font qu’on avance, qui font qu’on crée. Ça me fait de la peine de voir des entrepreneurs – dont beaucoup de jeunes – qui ont des rêves pour leur province, pour leur communauté, et à qui on ne donne pas la chance de s’exprimer. Et la chance de se faire mal, d’essayer. On leur dit non tout de suite. Que leurs idées sont folles. Mais c’est comme ça qu’on crée!

«Je n’ai aucune attache politique et aucun désir de me lancer en politique – parce qu’on m’approche souvent. Je veux émettre mes idées comme je veux.» – Danièle Henkel

Le parc Jean-Drapeau doit livrer trois projets d’envergure – la promenade riveraine, la place des Nations et la promenade triangulaire – pour le 375e, en 2017. Est-ce réaliste?
Je suis en train de bâtir un C.A. avec différentes expertises qui nous permettront de regarder l’échéancier. S’il y a une modification à faire, nous la ferons. Nous ne gaspillerons pas les deniers des citoyens. Les nouveaux membres du C.A., qui seront annoncés sous peu, ont accepté de se joindre à l’équipe parce que j’y ai été nommée. Ça me touche parce qu’ils n’ont vraiment pas besoin de ça. J’ai été les chercher pour suivre les recommandations de l’inspecteur général. Dans les prochaines semaines, vous verrez des résultats concrets.

Avec Dans l’œil du dragon en ondes, sentez-vous un élan entrepreneurial au Québec?
Oui, mais il y a encore du chemin à faire. Ce qui me perturbe, c’est qu’on ne pense pas encore mondialement au Québec. Dans un contexte où il n’y a plus de frontières, quelles sont les richesses naturelles que nous devons protéger? Quels sont les cerveaux que nous nous devons de garder chez nous? Par ailleurs, il faut arrêter de travailler en silo, il faut qu’on apprenne à se rassembler. Le cœur battant du Québec, c’est l’économie. De ça découle la santé, l’éducation, la culture. Un de mes souhaits, c’est que les gens d’affaires ne restent plus à l’arrière-plan. Ils font de belles choses, ils participent à la société, aident à freiner le décrochage scolaire… Il faut en prendre conscience.

Dans vos chroniques pour Les Affaires, vous avez dénoncé plusieurs mesures d’austérité. Quelle est la formule à adopter?
Il faut se rassembler et ignorer l’austérité. Je ne veux plus en entendre parler! Si on continue d’en parler, nous n’en sortirons pas! Je n’ai pas besoin de demander la permission pour améliorer ma province. S’il faut pousser, on va pousser. Mais je n’ai pas envie d’avoir des manifestations tous les mois… Nous sommes un peuple pacifique; nous devons peut-être réapprendre à communiquer. Parce qu’il y a une rage profonde chez les Québécois.

Comment s’y prendre?
La clé, c’est l’éducation. Pas besoin de retourner sur les bancs de l’école. Il suffit d’être curieux, de poser des questions. Avant, on nous enseignait les réponses. Aujourd’hui, la beauté de nos jeunes, c’est qu’ils posent des questions.

Comment fait-on pour assurer une plus grande diversité culturelle dans les postes clés, aux conseils d’administration?
Il faut arrêter d’avoir peur de tout ce qui n’est pas comme le «modèle établi». Nous acceptons des gens chez nous. Nous leur ouvrons notre porte en leur disant qu’ils auront un travail. Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe. On ferme la porte. On refuse d’aller chercher ce pour quoi on les a fait venir: leurs compétences et leurs idées. Nous n’avons plus le droit de faire ça. Il faut exceller dans l’accueil de nouveaux cerveaux.

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