Montréal
19:10 24 août 2017 | mise à jour le: 25 août 2017 à 14:02 Temps de lecture: 6 minutes

Expulsion de pitbulls: des citoyens «en colère» accusent la Ville de Montréal

Expulsion de pitbulls: des citoyens «en colère» accusent la Ville de Montréal
Photo: Collaboration spéciale

Après l’envoi, dévoilé par Métro, de 520 lettres visant des propriétaires de pitbulls qui n’ont pas obtenu leur permis malgré leur volonté de se conformer au nouveau règlement animalier, de nombreux citoyens affirment avoir pourtant envoyé tous les papiers exigés.

«Je suis bouleversée, j’en pleure», assure, la voix encore marquée, Amal Bouziri. Âgée de 24 ans, cette résidente de Pointe-aux-Trembles, qui vit avec sa mère dans une maison unifamiliale, a eu un choc mercredi soir, en découvrant cette lettre envoyée par la Ville de Montréal. Celle-ci exige aux propriétaires de retirer leur animal des rues montréalaises, en raison du nouveau règlement animalier qui interdit les chiens de type pitbull sur le territoire de la métropole, ou de le confier à un refuge. Un délai de quatre semaines leur est accordé.

Après avoir obtenu un permis temporaire pour Oliver, son pitbull de trois ans, cette infirmière avait renvoyé, le 10 mai dernier, dans un courriel que Métro a pu consulter, les dernières pièces manquantes pour obtenir une médaille permanente. Soit trois semaines avant la date limite du 1er juin, décrétée par l’administration municipale.

«Je n’ai jamais eu de réponse, certifie-t-elle. J’ai tenté d’appeler et on m’a dit de ne pas m’inquiéter, que beaucoup de dossiers étaient traités et que ça pourrait prendre du temps. Si je n’avais rien envoyé, je comprendrais cette lettre, mais je n’ai jamais rien caché.»

Toutes les pièces envoyées
Bien que certains citoyens, qui ont contacté Métro, ont admis avoir oublié de communiquer certaines pièces, nombreux sont ceux qui tiennent exactement le même discours. «La Ville fait une erreur, ce n’est pas possible», clame Steven Andrade.

Ce résidant de Rivière-des-Prairies assure avoir lui-aussi avoir discuté fin avril avec un fonctionnaire, après avoir fourni les pièces nécessaires, qui lui a indiqué être «débordé». Depuis, aucune nouvelle, aucun courriel, jusqu’à l’arrivée de cette lettre.

Paniqué, ce dernier a désormais «peur de sortir dans la rue» avec Brio, son animal de 8 ans. «Je ne veux pas être chicané par la police alors que j’ai tout fait dans les règles», souligne-t-il.

Renaud Begin vit la même situation. «Tout a été déposé en mai et on m’a dit que le dossier était complet. J’attendais simplement la lettre qui confirmait que tout était correct», affirme ce citoyen de Verdun, qui est retourné jeudi matin déposer une nouvelle fois l’ensemble des documents.

Thomas Pavia, qui vit dans Saint-Henri, est quant à lui «en colère». Tout en montrant la facture, payée, des 150$ nécessaires pour obtenir ce permis ainsi les éléments concernés envoyées dans les temps par courrier postal, assure-t-il, ce dernier n’a jamais reçu la médaille permanente, ni la moindre information qui remettrait en question son permis temporaire.

«Je n’ai rien caché, j’ai été honnête même si cette loi me pose problème, mais j’ai agi en bonne foi, comme un bon citoyen, mentionne-t-il. Mais ce qu’il se passe, c’est n’importe quoi.»

Autre cas, celui de Samuel Bernard, qui s’est rendu au quartier général du SPVM le 24 avril pour obtenir une copie de son casier judiciaire, comme cela est désormais exigé par la Ville. Les forces de l’ordre n’ont cependant retourné ce document que le 26 juillet, copie aussitôt transmise au Bureau d’accès Montréal de Ville-Marie. Entre-temps, ce propriétaire avait prévenu l’administration, par courriel, d’un possible retard en raison des délais, tout en prenant soin d’y joindre une copie de la facture payée au SPVM. En vain.

«On joue avec le sentiment des gens, c’est inhumain et horrible.» – Samuel Bernard, propriétaire d’un pitbull

Manque de communication dénoncé
Alors que seule une adresse courriel figure sur la lettre datée du 21 août, différente de l’adresse initiale communiquée par la Ville pour l’envoi des pièces manquantes, ces propriétaires se disent dans l’impasse.

«Je regarde mon courriel toutes les cinq secondes, c’est maladif, mais je n’ai aucun recours, reprend Amal Bouziri, qui a renvoyé une nouvelle fois les documents nécessaires mercredi soir. Je ne veux pas laisser mon chien, il est gentil et n’avait jamais de mal à personne et il est comme mon enfant!»

«On n’a aucun moyen de faire quelque chose, c’est vraiment troublant, rajoute Renaud Begin. Ça n’a aucun bon sens.»

Cofondatrice de la Coalition pour la promotion de la sécurité des personnes et des chiens (CPSPC), Sabrina Sabbah a reçu elle-aussi des dizaines de témoignages identiques. «Bien sûr, il y a des gens qui ont manqué à leurs responsabilités et qui n’ont pas renvoyé tout ce qui était demandé, admet-elle, mais il y a un vrai chaos dans les communications avec la Ville. Cette lettre est menaçante, alors que beaucoup ont soumis tout ce qui était nécessaire. C’est complétement ridicule.»

La Ville se défend
Contactée par Métro, l’administration Coderre jure qu’un «processus rigoureux d’analyse de chacun des dossiers» a été mené. «Les exigences qui s’appliquent spécifiquement aux chiens de type pitbull ne sont pas une surprise pour personne. La Ville a fait de nombreuses actions de communication auprès des citoyens pour faire connaître le règlement», indique Gonzalo Nunez, porte-parole de l’administration.

Ce dernier précise qu’avant l’envoi de cette dernière lettre, «les représentants de la Ville ont fait des rappels et ont communiqué avec les personnes concernées». Des démarches qui ont mené, reprend-il, à la régularisation d’«au moins une centaine de personnes».

«Si une personne ayant reçu la plus récente lettre de la Ville estime qu’il y a erreur dans l’envoi de la lettre ou dans le traitement du dossier, elle peut communiquer avec la Ville et démontrer en quoi consiste l’erreur présumée», ajoute M. Nunez.

Ces personnes peuvent écrire à permis.special@ville.montreal.qc.ca 

Vous êtes dans cette situation? Communiquez avec le journaliste Romain Schué: romain.schue@journalmetro.com

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