L'UQAM célèbre ses 40 ans: une université par et pour les Québécois
Née en 1969, dans un climat d’effervescence sociale, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) n’a jamais renié ses origines populaires. Longtemps perçue comme un nid de militants, l’UQAM est devenue, 40 ans après sa fondation, un incontournable dans la métropole.
L’idée de doter Montréal d’une deuxième université francophone, après l’Université de Montréal fondée en 1878, a germé dès le début des années 1960. «Le mouvement nationaliste était d’avis qu’il n’était pas normal qu’une seule université francophone desserve une grande partie de la population de Montréal», a expliqué Robert Comeau, professeur associé au département d’Histoire de l’UQAM.
Après avoir écarté l’idée de fonder une université jésuite, le gouvernement du Québec a décidé, en 1968, de créer le réseau de l’Université du Québec, auquel sera rattaché un pendant montréalais.
«Les cégeps avaient été mis sur pied en 1967 et déjà, l’Université de Montréal avait indiqué qu’elle ne serait pas en mesure d’accueillir tous les diplômés en 1969 et qu’elle devrait choisir parmi les meilleurs, a rappelé M. Comeau. Pour éviter que les jeunes ne se retrouvent sur la rue, le gouvernement a choisi d’ouvrir l’UQAM dès 1969. Le tout s’est fait dans une improvisation totale.»
Des enseignants ont ainsi été embauchés en août pour assurer la tenue de cours en septembre, sans savoir quels programmes seraient offerts.
Institution d’avant-garde
Malgré la désorganisation qui a marqué ses débuts, l’UQAM s’est rapidement positionnée comme une université différente dont les valeurs d’accessibilité et d’interdisciplinarité guideraient ses actions.
Première université au statut public, l’UQAM a adopté une approche laïque. Elle est également devenue la première université à ne pas différencier les jeunes étudiants et les adultes, autrement mis à l’écart. Des cours du soir ont aussi été introduits afin faciliter l’accès aux travailleurs.
Encore aujourd’hui, l’UQAM parvient à attirer des étudiants de tous les horizons. «Les parents de plusieurs étudiants de l’UQAM ne sont pas allés à l’université, a noté M. Comeau, que l’UQAM a recruté en 1969. Ces jeunes sont la première génération à poursuivre des études supérieures et ils sont plus souvent attirés par l’UQAM, qui a gardé un côté populaire, que par l’Université de Montréal, qui est souvent vu comme plus aristocratique.»
Une réputation à bâtir
L’UQAM a dû faire face à de nombreux soulèvements populaires à ses débuts. Ces conflits ont passablement nui à la réputation de l’Université dans les années 1970. «L’UQAM a acquis dans l’opinion publique l’image d’un nid de révolutionnaires et d’un établissement ingouvernable», peut-on lire dans un document rédigé par Paul-André Linteau, professeur au département d’Histoire de l’UQAM, dans le cadre du 25e anniversaire de l’établissement.
Cette perception est renforcée par la non reconnaissance par l’Université de Montréal des programmes offerts par l’UQAM. «L’Université de Montréal snobait beaucoup l’UQAM dans les années 1970, a souligné Robert Comeau. Elle jugeait qu’un étudiant devait suivre deux cours à l’UQAM pour obtenir l’équivalence d’un cours à l’UdeM.»
En développant davantage de programmes, en aidant ses professeurs à obtenir un doctorat et en obtenant davantage d’indépendance du réseau de l’Université du Québec, l’UQAM est pourtant parvenue, au cours des années 1980, à renverser la vapeur et à obtenir ses lettres de noblesses.
Selon plusieurs, son combat n’est toutefois pas terminé puisque, 40 ans après sa création, l’UQAM continue de souffrir d’importants problèmes de sous-financement qui nuisent à son développement.
Des professeurs engagés
«L’UQAM, c’était un énorme espoir», se rappelle Louis Gill. Quarante ans après sa création, l’Université du Québec à Montréal demeure, pour ce professeur à la retraite qui y a passé 31 ans, un synonyme de changement.
«Cette université avait des valeurs différentes, a souligné celui qui a fait partie du corps professoral de l’UQAM de 1969 à 2001. Elle prônait une grande démocratisation du savoir et une grande collégialité du fait que ce n’était pas les patrons qui décidaient, mais nous. Quand l’UQAM m’a proposé un emploi, je n’ai pas hésité, j’ai plongé.»
Cette passion pour une nouvelle université qui lui ressemblait davantage ne s’est jamais essoufflée. Elle s’est même en quelque sorte transmise aux professeurs qui ont suivi. «L’orientation politique de l’UQAM a grandement influencé ma décision d’y enseigner, a expliqué Rémi Bachand, professeur en sciences juridiques depuis maintenant six mois. La volonté de l’université de donner une chance aux étudiants qui n’ont pas eu un parcours d’études traditionnel m’a touché parce que j’ai fait partie de ces étudiants.»
Militants dans l’âme
Première université à se doter d’un syndicat des professeurs et d’une convention collective, négociée au prix d’une grève, l’UQAM est pratiquement indissociable de mouvements militants. Cette réalité ne semble cependant pas déplaire à plusieurs de ses professeurs.
«Je ne vois pas pourquoi une université ne pourrait pas jouer un rôle social tout en promouvant l’excellence», a déclaré M. Bachand.