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Dans les coulisses du futur hôtel de ville de Montréal

L'édifice Lucien-Saulnier
L'édifice Lucien-Saulnier accueille chaque mois 65 élus montréalais prenant part à la séance du conseil municipal. Photo: Archives | Métro

Transformer un ancien palais de justice en hôtel de ville temporaire pour reloger 65 élus et quelque 150 fonctionnaires : telle est la mission que doit relever le Service de la planification immobilière de la Ville de Montréal en vue d’une restauration en profondeur de la maison des Montréalais à compter du printemps 2019. Avant le grand déménagement dans l’édifice Lucien-Saulnier, ce dernier bâtiment doit lui-même être revampé. Métro vous emmène dans les coulisses de cet immeuble afin de découvrir un défi de rénovation peu commun.

Architecture
L’édifice Lucien-Saulnier a été inauguré en 1856. Il a longtemps servi de palais de justice. «C’était avant même la création de la Confédération canadienne, alors on peut dire qu’il préfigure l’établissement de l’état moderne», souligne le directeur des politiques d’Héritage Montréal, Dinu Bumbaru.

«Les deux architectes derrière le bâtiment principal, [John Ostell et son neveu Henri Maurice Perrault], sont des pionniers. Il faut se placer dans le contexte de l’époque: il s’agissait d’édifices énormes. L’acheminement des grosses pierres grises à partir de carrières, comme celles du Mile End, n’était pas chose facile, d’autant plus qu’ailleurs, la construction allait bon train, la population de Montréal doublant tous les 15 à 20 ans», mentionne M. Bumbaru. Ce dernier aimerait bien que ce chantier soit aussi l’occasion de mettre en valeur le patrimoine civique de Montréal.

La magnifique coupole qui a abrité la bibliothèque du palais de justice a été construite en 1890, au moment où un étage a été ajouté. Quand le comité organisateur des Jeux olympiques de 1976 s’y est installé, elle est devenue une simple salle de ventilation. «Ce n’est pas parce qu’un édifice est public qu’il est forcément traité aux petits oignons», avise M. Bumbaru.

Travaux
Heureusement, le bâtiment n’a pas trop subi les assauts du placoplâtre, ajoute M. Bumbaru. Il espère que la création de salles et de bureaux temporaires se fera dans une perspective de préservation, car la modernisation de l’édifice, qui accueillait jusqu’à récemment la direction des finances de la Ville de Montréal, a déjà perdu ses vieux ascenseurs en fer forgé.

Métro a eu l’occasion de visiter l’édifice avant le lancement des travaux de 8,3M$, qui doivent débuter en avril et s’échelonner sur un an. L’ancienne salle d’audience principale, qui hébergera la salle du conseil, semble plus petite. Elle comporte aussi plusieurs piliers qui s’avèreront un défi: il faut installer jusqu’à 75 personnes tout en s’assurant qu’aucun élu ne se retrouve caché derrière un pilier, sachant que le conseil est webdiffusé.

Le vieux prélart sera recouvert d’un plancher qui cachera le réseau filaire, alors que les murs auront droit à une simple couche de peinture pour les rafraîchir. On est ici plus dans le «home staging», sachant que les élus n’y siègeront que durant trois ans et qu’il faut faire des économies. Les travaux de rénovation de grande ampleur aura plutôt lieu après le départ des élus en 2022.

Réinstaller 280 élus et fonctionnaires a nécessité un travail d’analyse du flux des personnes et des documents afin de limiter les pertes de temps. Le bureau pressenti pour la mairesse fait face à la cour d’appel.

Il a aussi fallu répondre aux besoins des pompiers (installation de gicleurs et de colonnes d’eau dans certaines zones), de la sécurité (caméras et système de contrôle des accès), des normes d’accessibilité universelle (rampes d’accès) et celles de la Régie du bâtiment (mains courantes plus ergonomiques sur les vielles rampes en bois).

Sans oublier les exigences du ministère de la Culture et des Communications, étant donné que l’édifice est classé patrimonial. Ainsi, la Ville de Montréal a dû faire venir une firme spécialisée pour gratter les couches de peintures accumulées et découvrir la couleur d’origine, qui devra être utilisée pour repeindre le pourtour des 185 fenêtres. Il faudra aussi stabiliser le fronton, qui est en mauvais état.

Au petit jeu de la relocalisation, l’immense section des archives sera plutôt déménagée dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie alors que le bureau de l’ombudsman sera relocalisé dans le centre-ville. Pas sûr aussi que les journalistes en sortent gagnants. La future salle du conseil ne comportera pas de mezzanine et l’acoustique du futur salon, où la mairesse fera ses points de presse, tient plus de la boîte de conserve. En outre, leur bureau de travail est minuscule. Les optimistes souligneront qu’au moins, les journalistes n’ont pas été relégués à l’ancienne prison du sous-sol, où une cellule dispose encore d’un anneau pour enchaîner les prisonniers.


Et ensuite?

Après trois ans, quand les élus réintègreront l’hôtel de ville, ce sera au tour de l’édifice Lucien-Saulnier d’entrer en phase de rénovation majeure. Qui fera alors office d’inspecteur général du patrimoine, sachant que que le ministère de la Culture doit, d’ici septembre 2018, transférer certains de ses pouvoirs en matière du patrimoine à la Ville, dans le cadre de la Loi sur le statut de métropole?

«Tout cela simplifiera les règles, mais ça pose aussi des questions d’équité, car il ne serait pas normal que la Ville n’exige pas d’elle-même ce qu’elle exige de simples propriétaires de bâtiments patrimoniaux», souligne Dinu Bumbaru, d’Héritage Montréal.

«J’ai donc hâte de voir quelles seront les propositions de la nouvelle administration», confie M. Bumbaru, qui note que l’administration Coderre avait suggéré de dissoudre le Conseil du patrimoine de Montréal. Ce dernier pourrait faire office de chien de garde et devenir plus qu’un organe essentiellement consultatif.

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